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 Night Rain – Crédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc

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Takashimaya Ohisa with Two Mirrors  - Crédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc

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 Thread - Crédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc

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 Kimono Laundry - Crédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc

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 MirrorCrédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc

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 After Bath – Crédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc

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 Ogiya Hanaogi - Crédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc

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Midday - Crédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc

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 PopenCrédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc

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 Koiseya Ochie - Crédit Estampe: © Utamaro~F&R, Fine Arts, Inc.  

 

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Biographie d’Utamaro

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Utamaro Kitagawa (Kitagawa Utamaro 1753 – 1806) est un peintre japonais, spécialiste de l’Ukiyo-e. Il est particulièrement connu pour ses représentations de jolies femmes (bijin-ga), mais son œuvre comprend également de nombreuses scènes de nature et d’animaux.

Son travail parvint en Occident au XIXe siècle où il rencontra un grand succès. Il a particulièrement influencé les impressionnistes par ses cadrages audacieux et le graphisme de ses estampes. Il était alors connu sous le nom d’« Outamaro », transposition selon l’orthographe française de la prononciation de son nom (orthographe reprise à l’époque dans certains autres pays occidentaux). Il fut surnommé en 1891 par Edmond de Goncourt « le peintre des maisons vertes » (les maisons closes), même si un tiers seulement des très nombreuses estampes que l’on connait de lui furent en réalité consacrées au Yoshiwara.

Nous connaissons fort peu de choses de la vie d’Utamaro, et les détails de sa vie diffèrent souvent selon les sources. Selon certaines sources, il serait né à Edo (aujourd’hui Tōkyō), Kyoto ou Osaka (les trois villes principales du Japon). Mais plusieurs sources affirment qu’il serait né à Kawagoe, province de Musachi, près de Edo. Sa naissance serait située autour de 1753 (cette date étant également incertaine). Selon une tradition ancienne, il serait né à Yoshiwara, le quartier des plaisirs d’Edo, et serait le fils du propriétaire d’une maison de thé, mais là encore, sans que le fait soit avéré. Son nom véritable serait Kitagawa Ichitaro.Il est généralement admis qu’il devint l’élève du peintre Toriyama Sekien, alors qu’il était encore enfant; certains pensent qu’Utamaro était d’ailleurs son fils. Il grandit dans la maison de Sekien, et leur relation se poursuivit jusqu’à la mort de celui-ci en 1788. Sekien avait été formé dans l’aristocratique école de peinture Kano, mais il s’orienta plus tard vers l’ukiyo-e, plus populaire. Si Sekien eut bien un certain nombre d’autres élèves, aucun n’atteignit ensuite la notoriété.

Utamaro fut ensuite patronné par l’éditeur Tsutaya Jūzaburō, chez qui il résida à partir de 1782 ou 1783. Comme la plupart des éditeurs, Tsutaya Jūzaburō habitait aux portes du quartier du Yoshiwara, dont il contribuait en quelque sorte à assurer la promotion (courtisanes et acteurs de kabuki).

Utamaro, comme de nombreux artistes japonais de son temps, changea son nom à l’âge adulte, et pris le nom de Ichitaro Yusuke lorsqu’il prit de l’âge. Au total, il aurait eu plus de douze surnoms, noms de famille, ou pseudonymes. Il semble qu’il se soit également marié, bien qu’on sache très peu de choses de sa femme; il n’eut apparemment pas d’enfant.

Sa première production artistique à titre professionnel, vers l’âge de 22 ans, en 1775, semble avoir été la couverture d’un livre sur le Kabuki, sous le nom professionnel (gō) de Toyoaki. Il produisit ensuite un certain nombre d’estampes d’acteurs et de guerriers, ainsi que des programmes de théatre. A partir du printemps 1781, il changea son gō pour prendre celui d’Utamaro, et commença à réaliser quelques estampes de femmes, que l’on peut raisonnablement oublier.

Vers 1782 ou 1783, il s’en alla vivre chez le jeune éditeur Tsutaya Jūzaburō, alors en pleine ascension, chez lequel il résida apparemment cinq années. Pendant les années qui suivirent, la production d’estampes fut sporadique, car il produisit essentiellement des illustrations de livres de kyoka (littéralement « poésie folle »),  parodie de la forme littéraire classique waka.

Entre 1788 et 1791, il se consacra essentiellement à l’illustration de plusieurs remarquables livres sur la nature (insectes, oiseaux, coquillages…).

Vers 1791, Utamaro cessa de dessiner des estampes pour livres, et se concentra sur la réalisation de portraits de femmes, en plan serré, figurant seules dans l’estampe, contrairement aux portraits de femmes en groupe, qui avaient encore les faveurs de certains autres artistes de l’ukiyo-e.

En 1793, il devint un artiste reconnu, et son accord semi-exclusif avec l’éditeur Tsutaya Jūzaburō arriva à son terme. Il produisit alors une certain nombre de séries fameuses, toutes centrées sur les femmes du quartier réservé du Yoshiwara.

En 1797, Tsutaya Jūzaburō mourut, et Utamaro fut apparemment très affecté par la mort de son ami et protecteur. Même si certains commentateurs affirment que le niveau de l’art d’Utamaro ne fut plus jamais le même à partir de ce moment, il produisit cependant des oeuvres remarquables après cette date.

En 1804, au sommet de son succès, l’année même où il sortit l’Almanach illustré des Maisons Vertes, il dû faire face à de sérieux problèmes vis à vis de la censure, après avoir publié des estampes traitant d’un roman historique interdit. Ces estampes, intitulées La femme et les cinq concubines de Hideyoshi décrivait la femme et les cinq concubines de Toyotomi Hideyoshi, le grand chef de guerre du Japon à l’époque Momoyama. En conséquence, il fut accusé d’avoir porté atteinte à la dignité de Hideyoshi. En réalité, le shogun Ienari y vit une critique de sa propre vie dissolue. Quoi qu’il en soit, Utamaro fut condamné à être menoté pour 50 jours (selon certains, il fut même brièvement emprisonné).

Il ne put supporter le choc émotionnel de cette epreuve, et ses dernières estampes manquent de puissance, au point qu’on peut penser qu’elles sont sans doute de la main d’un de ses élèves.

Il mourut deux années plus tard, le 20° jour du 9° mois, en 1806, âgé d’environ cinquante-trois ans, à Edo, alors qu’il croulait sous les commandes des éditeurs qui sentaient sa fin prochaine.

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Bien à vous,

Saint-Sulpice

 

 

A regarder:

 

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Ainsi que:

 

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Au XVIIIe siècle, Kitagawa Utamoro est un peintre considéré comme un spécialiste du portrait féminin. Il entretient avec ses différents modèles des rapports ambigus, dans un tourbillon passionnel qui va bientôt le dépasser.

- (DVD) 5 femmes autour d’Utamaro de Kenji Mizoguchi- Noir et blanc, PAL, Région 2 (Ce DVD ne pourra probablement pas être visualisé en dehors de l’Europe!) – 93 minutes – 25€

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A lire sur Utamaro:

 

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Parmi tous les trésors de la fabuleuse bibliothèque d’art et d’archéologie constituée par le grand couturier Jacques Doucet entre 1906 et 1918, un joyau inattendu brille d’un éclat singulier : une collection de 110 albums illustrés japonais du XVIIe au XIXe siècle témoigne d’un art du livre et de l’estampe particulièrement délicat et raffiné. Parmi les auteurs de ces illustrations – paysages, vues de villes, scènes de rues, fleurs, fruits ou animaux peints, illustrations de poèmes ou iconographie bouddhiste – on trouve les noms des plus grands artistes japonais du XVIIe au XIXe siècle : Hiroshige, Hokusai, Kuniyoshi, Masanobu, Morinobu, Shunshô, Sukenobu, Utamaro.

Connu pour ses célèbres courtisanes dans le style ukiyo-e, dès 1788, Utamaro aborda un thème nouveau avec un recueil consacré aux insectes, Ehon mushi erami illustrant des poèmes kyôka créés chez Tsutajû au cours de réunions de poésie. Le succès de cette réalisation fut sans doute très important, et sept autres albums en couleurs suivirent très rapidement, dont en 1789 Ehon Kyôgetsubô (la lune folle), et en 1790 Ehon Gin Sekai (Paysage de neige) et Shiohi no tsuto (A marée basse) présentés dans ce coffret. Tous publiés par Tsutajû, ce sont des albums luxueux réalisés avec beaucoup de soin, sur de beaux papiers, et avec des couleurs très délicates et de superbes effets de matière dus à l’utilisation de poudres de cuivre et de mica et au gaufrage du papier pour donner du relief à certains motifs.


Afin de respecter la forme originelle de ces albums, les estampes sont reliées en accordéon. A l’époque, cette reliure était réservée aux albums précieux ; elle permettait de voir le dessin sur une double page entière sans casser le dos de l’ouvrage. Ces albums étaient ainsi faits pour être ouverts, et non pas dépliés ou déroulés comme le voulait la tradition plus ancienne du rouleau peint, chaque page étant tournée comme dans un livre occidental.

Ces trois volumes réunis, prennent un sens que, séparés, ils ne possédaient pas. Ils ouvrent sur l’univers et ses saisons comme si Utamaro avait pris le parti de s’éloigner des quartiers de plaisir qu’il aimait, ces rues où déambulaient courtisanes et acteurs. Le monde existe. Il suffit de contempler la lune ou la neige ou, encore, d’aller inventorier l’inconscient que la mer délaisse sur le sable en se retirant.

Se souvenant peut-être de sa formation à l’art Kanô, Utamaro s’y montre un paysagiste virtuose dont la touche précise et délicate évoque aussi bien la matière des objets proches que les lignes des montagnes à l’horizon. L’atmosphère, même, qui baigne ces scènes familières est rendue par des détails merveilleusement bien observés.

- Utamaro, Trois albums d’estampes par Kitagawa Utamaro aux éditions Editions Philippe Picquier – 60 pages - 39€

 

 

 

Si la sensualité avait un nom, elle s’appellerait sans doute Utamaro. Soulignant avec délicatesse le jardin des plaisirs que fut un temps l’Edo, Utamaro, par la richesse des étoffes, les longs cous de cygnes féminins et les regards énigmatiques, évoque en quelques traits la volupté de tout l’Orient. Et si certaines scènes trahissent pudiquement les jeux amoureux, nombre de ses shungas sont univoques rappelant, dès lors, que l’amour au Japon est avant tout érotique. Puis, s’éloignant un temps de ces joies citadines, il explora avec autant de simplicité la sobriété la nature : neige crépusculaire, lune évanescente… La finesse de sa touche révèle en quelques traits tout de raffinement de l’apprentissage de l’école Kano. Edmond de Goncourt en sublimant l’art de ce maître japonais nous ouvre les portes d’un art dont les codes et les nuances échappent à notre regard. Cet ouvrage initiatique, par ces magnifiques estampes, nous invite dans ce magnifique jardin d’Aphrodite pour découvrir ou pour redécouvrir l’art japonais. L‘auteur : Ami d’Émile Zola, de Gustave Flaubert ou encore d’Alphonse Daudet, Edmond de Goncourt est un écrivain français appartenant au courant du naturalisme. Dès 1850, il composa en collaboration avec son frère Jules, des livres d’histoire, notamment sur la peinture, comme L’Art du X VIIIe siècle. Témoins de la vie artistique et mondaine de la seconde moitié du XIXe siècle, leur oeuvre majeure reste leur Journal, auquel Marcel Proust rendit hommage dans À la Recherche du temps perdu. Ultime volonté, Edmond de Goncourt exprima dans son testament le souhait de voir créer, à la mémoire de son frère, une académie littéraire. Le prix Goncourt, est depuis devenu le plus prestigieux des prix littéraires français.

- Utamaro par Edmond de Goncourt aux éditions Parkstone Inter – 258 pages - 39€

 

A lire aussi:

 

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” Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable… ne pas se laisser abattre par la pauvreté… mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo. ” À cette définition du terme ukiyo, par l’écrivain Asai Ryôi (1612-1691), il a suffi d’ajouter le mot image, ” e ” en japonais, pour désigner un nouvel art qui bouleversa la conception de l’espace et du modelé, celui de l’estampe japonaise. C’est cet art apparu durant l’époque d’Edo (1603.1868) que le présent ouvrage révèle en puisant dans le fonds prodigieux de la Bibliothèque nationale de France. Issues de la nouvelle culture civile et populaire qui s’est développée autour de la ville d’Edo, capitale shogunale et ancienne Tôkyô, les estampes des XVIIIe et XIXe siècles illustrent avec une grande expressivité un large éventail de thèmes liés à l’écoulement de la vie terrestre éphémère : le théâtre et le sumo, la beauté féminine, la parodie, la faune, la flore, le paysage… Au fil de ces thèmes les Œuvres des grands maîtres, de Harunobu à Hiroshige, en passant par Utamaro et Hokusai, sont ici reproduites et commentées. Leur modernisme, l’audace de leurs compositions et de leurs formats étonnent À travers leur style d’un raffinement extrême, c’est la vision hédoniste d’une société qui s’exprime, son mode de vie, ses aspirations et jusqu’à ses fantasmes les plus intimes dans les estampes érotiques ou ” images de printemps “.

- Estampes Japonaises, Images d’un monde éphémère par Gisèle Lambert & Jocelyn Bouquillard aux éditions Bibliothèque Nationale de France – 279 pages – 19€

 

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La cloche du soir à Dôjôji, la vague au large de Tanagawa, pruniers dans la nuit sans lune, promenade parmi les iris, pêcheuses d’abalones, prélude au désir, la belle Kisegawa chez Matsubaya…, l’art de l’ukiyo-e – image du ” monde flottant ” – qui s’épanouit dans le Japon des XVIIIe et XIXe siècles, reflète le style de vie et la culture de la nouvelle bourgeoisie aisée des cités urbaines, à l’ère d’Edo (Tokyo), la capitale shogunale. Théâtre kabuki et acteurs, maisons vertes et courtisanes, maisons de thé et hôtesses, érotisme, paysages, faune, flore et natures mortes inspirent les artistes et les poètes. Les premières estampes monochromes apparaissent dès la fin du XVIIe siècle et cet art connaît son apogée au XVIIIe siècle avec les estampes polychromes ou ” images de brocart ” aux couleurs subtiles, aux fonds micacés, moirés, animés de poudre d’or et d’argent, aux formats audacieux. Une esthétique du plaisir qui engendre un art d’un raffinement extrême, que l’on découvre ici à travers une centaine d’œuvres des plus grands maîtres parmi lesquels Harunobu, Hiroshige, Hokusai, Sharaku, Toyokuni, Utamaro…

- Estampes Japonaises, Mémoires et merveilles de la Bibliothèque nationale de France par Gisèle Lambert aux éditions Bibliothèque Nationale de France - 175 pages – 18

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Ce livre est consacré à l’histoire de l’ukiyo-e: sa naissance, son évolution et ses chefs-d’œuvre. Les “images du Monde flottant” (ukiyo-e) sont l’expression esthétique d’une civilisation. L’imaginaire des estampes japonaises décrit avec raffinement et sincérité l’émergence d’une culture urbaine, essentiellement celle de la capitale, Edo – l’actuelle Tokyo -, dont les habitants recouraient aux plaisirs mondains afin d’échapper à la tristesse de la vie quotidienne. Après les artistes des premiers temps de l’ukiyo (Iwasa, Moronubul Andô…), cet ouvrage s’attache à étudier les œuvres d’Utamaro, Hokusai et Hiroshige. Ils sont en effet les artistes majeurs de ce genre graphique qui a marqué l’histoire de l’art du Japon du XVIIe au XIXe siècle.

- Ukiyo-e ou l’estampe japonaise par Francesco Morena aux éditions Citadelles et Mazenod – 239 pages - 52€

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La paix qui régna au japon à l’époque d’Edo engendra de profondes transformations économiques, sociales et culturelles. L’éducation prit une place primordiale, de même que le jeu, dans le développement harmonieux des enfants. Une nouvelle culture vit alors le jour, d’une diversité sans égale sur le plan littéraire et artistique. L’estampe japonaise qui naquit à cette époque et atteignit, dans les décennies qui suivirent, une virtuosité technique inégalée en dehors de l’archipel, retrace fort bien la vie quotidienne des enfants, de la naissance à l’âge adulte. Ludique, pédagogique, toujours attrayante, elle ne cessa d’enchanter le peuple d’Edo avant de conquérir l’Occident. Miroir de la vie quotidienne, elle enchanta petits et grands. Cet art de vivre aujourd’hui révolu, où les enfants occupaient pour la première fois une place de choix, revit sous nos yeux grâce aux estampes kodomo-e, terme désignant l’ensemble des images consacrées et destinées aux enfants. On y trouve aussi bien des représentations de mères avec leur progéniture que des enfants en train de jouer, de se disputer, d’étudier. Plus encore, l’une des étonnantes particularités de ce livre est de présenter des estampes destinées à servir de jouets sous forme de maquettes, de découpages, de jeux de société, etc. Autant d’occasions, pour le lecteur, quel que soit son âge, de faire revivre ces images du passé en jouant avec elles. Par là, c’est à un véritable bouleversement de nos habitudes de lecture que nous invite Brigitte Koyama-Richard, qui transforme le livre en objet ludique.

- Kodomo-e, l’estampe japonaise et l’univers des enfants par Brigitte Koyama-Richard aux éditions Hermann – 115 pages – 25€

Joseph Roth « L’exil à Paris 1933 ~ 1939″ – Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme – Paris

Joseph Roth

Joseph Roth au Café Le Tournon, Paris, 1938
©Sammlung Senta Lughofer, Linz

 

Cette exposition documentaire permettra de redécouvrir Joseph Roth, un des plus grands écrivains autrichiens du XXe siècle.
À travers des manuscrits, des correspondances, des éditions originales, des photographies et des documents audiovisuels, le parcours insistera sur ses années parisiennes, son travail d’écrivain, son engagement actif dans le milieu des exilés opposants au nazisme et sa fidélité nostalgique à la monarchie habsbourgeoise.

Dans son ample œuvre littéraire, Joseph Roth, né en 1894 à Brody en Galicie, une région de l’empire austro-hongrois (aujourd’hui en Ukraine), évoque abondamment le déclin de l’Autriche impériale et royale et le monde juif d’Europe de l’Est dont il est issu. On connaît surtout de lui La Marche de Radetzky, qui offre l’un des tableaux les plus poignants de la fin des Habsbourg et Le Poids de la Grâce (ou Job, l’Histoire d’un Homme simple).
Après ses années de formation à Vienne, il s’établit à Berlin, comme journaliste pour Vorwärts, puis comme correspondant de la Frankfurter Zeitung. Le jour de l’avènement du IIIe Reich, il quitte l’Allemagne pour la France, où il a déjà effectué plusieurs séjours. Réfugié à Paris, il évolue au sein d’un milieu germanophone antinazi et dénonce le pouvoir hitlérien dans des articles véhéments. Il soutient à reculons la résistance du régime autoritaire autrichien face au nazisme, et défend ardemment le retour de la monarchie des Habsbourg, convaincu que cela seul pourrait sceller l’union de tous les Autrichiens et faire barrage à l’Allemagne hitlérienne. Parmi ses amis, figurent Soma Morgenstern, Stefan et Friderike Zweig, Heinrich Mann, Ludwig Marcuse, Schalom Asch, Egon Erwin Kisch, Stefan Fingal et Blanche Gidon – sa traductrice. Installé à l’hôtel Foyot, rue de Tournon, il continue de voyager à travers l’Europe, y compris en Autriche.

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Admirable chroniqueur, il laisse de très nombreux articles écrits pour des journaux allemands à Paris et publie plusieurs romans et nouvelles : L’Antéchrist, Le Poids de la Grâce, La Crypte des Capucins, La Légende du saint buveur… Devenu sévèrement alcoolique, il mène une vie misérable, épuisé physiquement et éprouvé moralement, et meurt à Paris le 27 mai 1939. Cette exposition a été conçue par Heinz Lunzer, directeur du Literaturhaus de Vienne jusqu’en 2007, et Victoria Lunzer-Talos, ancienne responsable de la bibliothèque d’histoire de l’art à l’Université de Vienne.  L’exposition est soutenue par le Forum culturel autrichien.

 

 Chronologie

30 janvier 1933
Roth part à Paris, comme prévu, avec Andrea Manga Bell et ses deux enfants. Ils habitent d’abord à l’hôtel Jacob puis, à partir de mars, à l’hôtel Foyot où ils avaient déjà résidé auparavant.

30 janvier 1933
Allemagne : le président du Reich, Paul Hindenburg, nomme Adolf Hitler, chef du NSDAP, chancelier du Reich.
Dans un bref délai, de nouvelles lois sont promulguées pour renforcer les pouvoirs du parti au pouvoir et restreindre les droits d’une partie des citoyens. Ces lois conduisent à la discrimination, à l’interdiction professionnelle, à l’arrestation, la captivité et au meurtre des opposants et, en particulier, des juifs. Le gouvernement d’Hitler développe de nouvelles méthodes de manipulation intensive de l’opinion publique à l’aide des médias. Au fil des ans, les autres grandes puissances comme la France et l’Angleterre laissent agir les gouvernants allemands ; l’Italie fasciste soutient la politique de l’Allemagne et ses visées expansionnistes, qu’elle concrétise pour sa part en Abyssinie et en Albanie. Bien que Roth soit citoyen autrichien, il ne peut – ni ne veut – plus se rendre en Allemagne, d’autant plus qu’il est connu pour son opposition véhémente aux nazis. Il traverse alors une crise financière et d’identité. Andrea Manga Bell, avec laquelle Roth a déjà vécu à Berlin, le suit avec ses deux enfants. Roth s’engage dans l’aide aux réfugiés d’Allemagne.

Février 1933
Discussion sur la qualité de la traduction française de La marche de Radetzky par Blanche Gidon avec l’intéressée et Pierre Bertaux, spécialiste des littératures française et allemande, qui tient lieu de mentor à Roth.

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Sur le champ de bataille de Solferino, le sous-lieutenant Von Trotta sauve la vie de l’empereur d’Autriche.
Cet acte lui vaut d’être anobli. Arrachés à leur condition de paysans slovènes, les membres de la famille Von Trotta voient leur destin bouleversé. Sur trois générations, l’auguste faveur se transforme en une malédiction irrémédiable… Un requiem sur la chute de la monarchie austro-hongroise..

Printemps 1933
Chez les éditeurs néerlandais Querido et Allert de Lange, des sections allemandes sont créées pour servir de maison d’édition aux exilés. Elles sont toutes les deux dirigées par des collaborateurs de haut niveau de l’éditeur berlinois Kiepenheuer qui se sépare de ses auteurs juifs. Par l’intermédiaire de la société Orcovente, fondée en Suisse, les droits d’auteur pour l’étranger de Roth peuvent être sauvés. Grâce à Hermann Kesten et Walter Landauer (Allert de Lange) et Fritz Landshoff Querido), Roth entre en relations d’affaires avec les deux éditeurs. Roth travaille à la nouvelle Le chef de gare Fallmerayer qui paraît dans un recueil avec des nouvelles d’autres auteurs de langue allemande en exil, édité par Hermann Kesten. Roth commence à travailler pour différentes revues d’exilés, entre autres, Das neue Tagebuch et le Pariser Tagblatt, puis son successeur, la Pariser Tageszeitung.

10 mai 1933
À Berlin, les nazis brûlent des livres d’auteurs « interdits ». La première liste d’ouvrages interdits par le troisième Reich comprend tout l’œuvre déjà publié de Roth. Avec cette mise au ban, il perd une grande partie de son public en tant qu’auteur et journaliste.

2 juillet 1933
Offres diverses. L’éditeur américain Ben Huebsch (Viking Press) vend les droits cinématographiques du livre Hiob (en français Le poids de la grâce). Ce n’est pas Roth, à Paris, mais l’éditeur Kienpenheuer, à Berlin, qui perçoit les honoraires, à l’indignation de l’auteur.

27 juillet 1933
Contrat avec l’éditeur Allert de Lange pour le livre Les juifs et leurs antisémites (qui deviendra L’Antéchrist).

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Deux textes importants en apparence contradictoires. Le premier, Juifs en errance, semble couler naturellement de la plume d’un humaniste entreprenant la défense de la culture propre aux juifs de l’Est, culture qui leur colle à la peau même s’ils vivent loin de leur terre natale. Le second, l’Antéchrist, semble être l’œuvre d’un imprécateur, contempteur de toutes les « modernités » aliénantes, annonciateur de la « catastrophe ».

Joseph Roth tenait tout particulièrement aux deux essais ici réunis. Inventaire poétique et lucide d’un univers que l’écrivain savait menacé, celui des bourgades juives d’Europe centrale et orientale, Juifs en errance analyse les raisons de sa lente désagrégation : la pauvreté qui pousse les habitants du shtetl à l’exode, la tentation de l’assimilation, le rêve sioniste. En véritable passeur de culture, le juif assimilé Roth, porte un regard bienveillant sur ces juifs à l’idiome étrange, vêtus de caftans, que l’on croise dans certains quartiers de Vienne, de Berlin ou de Paris. D’une toute autre nature, et par son sujet et par sa langue, qui semble celle d’un prophète des temps modernes, L’Antéchrist est lui aussi une profession de foi humaniste et une interrogation inquiète sur le devenir de l’Europe. Dans cet étrange réquisitoire contre les phénomènes de l’âge technique, on peut lire l’angoisse profonde d’un intellectuel épris de cosmopolitisme qui voit son monde sombrer dans l’exacerbation des nationalismes et le chaos infernal des dictatures.

Août 1933
Roth passe quelques jours chez Stefan et Friederike Zweig à Salzbourg. Il se rend ensuite à Rapperswill en Suisse. En septembre, il rencontre à Zürich Dorothy Thompson, la traductrice de la version anglaise de Hiob.

Automne 1933
Parution des traductions américaine et norvégienne de La marche de Radetzky et de la traduction britannique de Hiob ( Le poids de la grâce ).

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 » L’Oeuvre de Joseph Roth est faite d’ironie, de dérision, d’humour et d’une infinie compassion pour ses personnages.
Une grande liberté d’expression alliée à une précision méticuleuse, une extrême rigueur, en font l’un des plus grands prosateurs de la langue allemande. Il a ce goût viennois de la plaisanterie, de la pointe amère et sceptique. Mais il a aussi un côté  » prophète  » qui s’exprime en particulier dans Le Poids de la Grâce, et qui l’apparente parfois à Isaac B. Singer. 13 romans, 8 récits, 3 volumes d’essais et de reportages et un millier d’articles…Voilà ce qui nous reste aujourd’hui de Joseph Roth. A un enfant qui lui posa un jour la question :  » Pourquoi écris-tu toujours ?  » il répondit simplement :  » Pour que le printemps revienne « .

 

Fin novembre 1933
Roth achève à Rapperswill le roman Tarabas qui doit paraître avant Noël chez l’éditeur Querido. À Amsterdam, Roth négocie le contrat d’un nouveau roman. Dans la revue d’exilés Die Sammlung, éditée par Klaus Mann (Querido, 1933-1935), paraît un extrait de Tarabas.

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Une fable puissante sur les premiers jours de la révolution Russe.

Décembre 1933
Corrections de Tarabas. À Amsterdam, Roth souffre de défaillances (vraisemblablement physiques) et se rend ivre à un rendez-vous avec Gerard de Lange. Il rentre à Paris et s’installe à l’hôtel Foyot. Il doit terminer Les juifs et leurs antisémites avant le 31 mars 1934 pour assurer ses revenus des trois prochains mois. Le livre, qui prend pour titre définitif L’Antéchrist en janvier, est achevé dans les délais. À Vienne, Friederike Roth est internée à l’hôpital psychiatrique Am Steinhof ; elle vivait déjà en institution fermée depuis 1930 après avoir été soignée chez des particuliers à Berlin et à Vienne.

Janvier-février 1934
Roth, malade, ne peut écrire et demande de l’argent à Stefan Zweig.

Février-juin 1934
La guerre civile en Autriche conduit à l’interdiction des partis de gauche. En avril, le Parlement est dissout, le gouvernement du chancelier Engelbert Dollfuß gouverne par ordonnances et modifie la constitution. En mai, la nouvelle constitution entre en vigueur et fonde l’État « corporatiste ». Après plusieurs attentats, les nazis autrichiens tentent un putsch le 25 juillet 1934 : il échoue mais Dollfuß est assassiné. Kurt Schuschnigg devient chancelier. Les putschistes nazis sont exécutés mais les militants « illégaux » et certains hauts dignitaires gouvernementaux, comme le vice-chancelier Starhemberg poursuivent la politique d’intimidation et d’idéologisation de la population dans un sens favorable à l’extrême-droite.

Mars 1934
La traduction du roman La marche de Radetzky par Blanche Gidon paraît chez l’éditeur parisien Plon.

Printemps 1934
Travail à des nouvelles qui doivent paraître en recueil. Le buste de l’empereur et Triomphe de la beauté, traduites en français, sont publiées en revue. Le roman Tarabas, un hôte sur cette terre, paraît chez l’éditeur Querido. Négociations au sujet de parutions en anglais. Les dettes de Roth s’accumulent. Un nouveau roman doit être terminé pour octobre. Roth part à Marseille où il souhaiterait travailler quelques jours dans le calme.

11 juillet 1934
Roth part à Nice avec Andrea Manga Bell où, dans un premier temps, invités par Kesten, ils partagent la maison du 119, promenade des Anglais avec Hermann et Toni Kesten ainsi que Heinrich Mann et Nelly Kröger. Roth écrit le roman Les Cent jours. Il rencontre Stefan et Friederike Zweig, Ludwig Marcuse, Schalom Asch, René Schickele, Valeriu Marcu et d’autres émigrés. Il redemande sans cesse de l’argent à Zweig. La situation s’aggrave avec Landshoff et les éditions Allert de Lange. Roth espère être soutenu par Huebsch, qui est un ami de Zweig. Négociations infructueuses avec les éditeurs-agents anglais Gollancz et Holroyd-Reece.

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 « Les Cent-Jours: parenthèse étrange, qui voit le retour du drapeau tricolore et de la Marseillaise, période trouble, que fait revivre Joseph Roth, dans l’intimité d’un empereur assailli par les doutes. Car les vivats de la foule vont, il le sait, au Bonaparte créé par l’imagerie populaire, à ce général audacieux, auquel il ne ressemble plus. C’est de cette image glorieuse qu’est éprise en secret Angéline, une lingère du palais, qui lie résolument son sort à celui de son maître.
De ces destins croisés, Roth suggère qu’ils ont la même grandeur : la conclusion de ce roman émouvant servi par une prose enthousiaste et lyrique, est qu’il n’y a pas de grande ou de petite Histoire. En revanche, il y a l’importance que les événements revêtent aux yeux de ceux qui les vivent. L’amour d’Angéline vaut la conquête de l’Europe, et la mort de son fils, la défaite de l’empereur. Une fois encore, Roth livre le fruit de ses réflexions sur l’Histoire, qui n’est jamais chez lui une entité abstraite, mais toujours, se fait chair. »

Septembre 1934
Les contacts avec les cercles monarchistes autour d’Otto de Habsbourg et des clercs catholiques exilés d’Allemagne et d’Autriche s’intensifient. L’Antéchrist paraît aux éditions Allert de Lange, à Amsterdam, avec de grossières fautes d’impression selon Roth.

1er-22 septembre 1934
Triomphe de la beauté, traduit par Blanche Gidon, paraît en quatre épisodes dans la revue renommée Les nouvelles littéraires.

 15 septembre 1934
Kesten quitte Nice. Roth et Manga Bell emménagent dans la maison voisine, 121 promenade des Anglais.

18 septembre 1934
La situation financière de Roth s’aggrave : il écrit 10 à 12 heures par jour. Le séjour de son épouse Friederike à l’hôpital Am Steinhof n’est payé que jusqu’en octobre. Roth sollicite à nouveau le soutien financier de Zweig. Les beaux-parents, encouragés par Roth, préparent leur émigration en Palestine.

Septembre 1934
Roth ne termine pas dans les délais la rédaction du roman Les Cent jours.

2 octobre 1934
Blanche Gidon prévoit une traduction française de L’Antéchrist qui ne sera pas réalisée.

Janvier-février 1935
Toujours à Nice, Roth emménage à l’hôtel Imperator, boulevard Gambetta. Comme à son habitude, après une période (souvent courte) de satisfaction concernant sa dernière œuvre, Roth se met à la dénigrer : il estime que L’Antéchrist est un échec parce qu’il a été écrit trop vite (il ne trouve un accueil favorable qu’en Hollande).

15 février 1935
Roth essaie de rédiger lentement et soigneusement son roman Les Cent jours, bien que le délai de remise du manuscrit soit déjà largement dépassé. Il craint de perdre l’éditeur américain Huebsch. Les éditions Allert de Lange ne versent plus d’avance.

Printemps 1935
Négociations éditoriales à Amsterdam. Roth assiste à une soirée du cabaret Pfeffermühle (Le moulin à poivre), dirigé par Erika Mann, et en sort enthousiasmé.

6-14 mai 1935
La Pariser Zeitung publie Triomphe de la beauté.

14-30 mai 1935
Séjour à Vienne, hôtel Bristol. Roth souhaite engager une procédure de divorce.

Juin 1935
Grâce à l’intervention de Soma Morgenstern et de Walter Landauer, Friederike Roth est admise gratuitement à l’hôpital Mauer-Öhling à Amstetten. Roth abandonne ses projets de divorce. Il se rend à Nice et Marseille puis rentre à Paris (hôtel Foyot). Décès de l’éditeur Gerard de Lange, favorable à Roth et souvent enclin à lui accorder des avances. Roth doit à sa maison deux romans : Les Cent jours (achevé) et L’habitué (qui deviendra Confession d’un assassin, prêt d’être achevé).

Août 1935
Après s’être libéré de ses obligations, Roth veut se séparer d’Allert de Lange avec l’aide de Stefan Zweig. Sur la suggestion de ce dernier, il envisage d’entrer en rapport avec la maison d’édition Herbert Reichner de Vienne à condition d’obtenir une garantie de revenus pour un an. Roth envisage un grand roman sur l’ambiance de son enfance, sous le titre Fraises.

28 juillet-1er août 1935
Le buste de l’empereur est publié dans le Pariser Tagblatt.

Octobre 1935
Roth entame une collaboration avec la revue autrichienne Der Christliche Ständestaat (L’État corporatiste chrétien) commence ; par ailleurs, Roth publie des articles, entre autres dans les revues Das neue Tagebuch et Wiener Montagszeitung. Le roman Les Cent jours paraît aux éditions Allert de Lange.

18 octobre 1935
Roth ne croit pas au succès des Cent jours. Dans une lettre à Zweig, il tire un bilan : il n’est un auteur reconnu qu’en Hollande ; en Suisse, les revues importantes ne tiennent pas compte de lui ; en Autriche, il est assis entre deux chaises ; en France, il est brouillé avec Gabriel Marcel, directeur de collection aux éditions Plon, à cause de l’échec de la traduction de L’Antéchrist. Il redemande à Zweig de l’aider en prenant des contacts en son nom et en écrivant aussi à Huebsch.

Automne-Hiver 1935
Roth séjourne à Paris, toujours à l’hôtel Foyot. Il rencontre des difficultés avec tous les éditeurs publiant les exilés. Il n’est plus question pour lui de travailler avec Allert de Lange ou Querido ; il n’a engagé que de vagues négociations avec des éditeurs anglais et américains. L’éditeur français Grasset serait disposé à reprendre son nouveau roman si de Lange ne pose pas de conditions excessives. Roth appelle Landauer à l’aide. Sa relation avec Manga Bell l’étouffe – au moins financièrement –, provoquant de violentes scènes entre eux.

Mars 1936
Séjour à Amsterdam, à l’Eden Hotel. D’âpres négociations avec Landauer (Allert de Lange) et Landshoff (Querido) n’aboutissent à aucun contrat ni à aucun versement d’honoraires. Querido ne versera d’argent qu’à la réception d’un manuscrit achevé, ce à quoi Roth rétorque que l’éditeur a reçu le manuscrit de sa meilleure nouvelle, Léviathan (composition et premières épreuves en 1936, première parution en livre seulement en 1940). La vie à Amsterdam est trop chère, mais il s’y fixe et travaille au roman L’habitué (titre définitif : Confession d’un assassin). L’ouvrage est achevé dans ses grandes lignes mais Roth, insatisfait, « fait du remplissage ». L’état psychique de sa femme Friederike connaît une courte amélioration : il en résulte de nouveaux soucis pour lui trouver un lieu d’accueil gratuit.

30 mars 1936
Un nouveau contrat entre Roth et Querido est enfin conclu. Manga Bell séjourne chez une amie du couple à Rapperswill. Un nouveau roman doit paraître en juin. Les épisodes qui devaient constituer le grand roman Les fraises sont recyclés sous l’empire de la nécessité. Zweig conseille à de nombreuses reprises de convertir des idées de roman en scénarii pour le cinéma.

Mai 1936
Roth est toujours à Amsterdam ; il est malade et écrit à Stefan Zweig pour le supplier de venir l’aider. Nouveau contact avec Blanche Gidon à laquelle il promet de confier la traduction du roman fraîchement composé. Roth et Andrea Manga Bell se séparent définitivement.

11 mai 1936
Toujours à l’Eden Hotel à Amsterdam. Roth corrige en deux semaines les épreuves du roman Confession d’un assassin qui n’a pas donné matière au scénario de film envisagé. Zweig envoie à Roth 3 000 francs qu’il a reçus d’un éditeur hollandais. Roth emprunte 50 guldens à l’hôtel. Son état physique se détériore : toux, jambes gonflées ; il boit du lait « pour se désintoxiquer » et ne supporte plus aucun aliment solide.

29 mai 1936
Dans une lettre, Roth déclare qu’il boit du vin, plus de schnaps (ce qu’il décrit à Zweig comme un régime), qu’il ne possède que deux costumes et six chemises et qu’il lave lui-même ses mouchoirs. Il a dépensé par anticipation une bonne partie de l’argent promis par Zweig et souhaiterait, une fois les corrections achevées, se rendre à Bruxelles, s’il peut obtenir un visa, car la vie y est moins chère.

12 juin 1936
Roth donne une conférence sur le thème « Foi et progrès » dans la librairie de l’éditeur Allert de Lange à Amsterdam. Il souffre de solitude après sa séparation. Depuis des années, il vit au jour le jour, sans réserve financière, et contracte donc de lourdes dettes. Landauer l’aide de ses propres deniers.

24 juin 1936
Roth attend à Amsterdam son visa qui devrait en fait lui être délivré en Autriche. Après réception du document, il part pour Bruxelles, où il descend à l’hôtel Siru.

juillet 1936
Roth accepte une invitation de Zweig à Ostende. Il y retrouve Hermann Kesten, Egon Erwin Kisch et Ernst Toller. Il fait la connaissance de l’écrivain Irmgard Keun, émigrée en 1935.

Juillet 1936
Séjour à Ostende, hôtel de la Couronne. Roth essaie à nouveau de vendre ses nouvelles les plus récentes à divers éditeurs, ce qu’il ne peut faire qu’avec l’accord de l’éditeur Querido ; échec de la démarche. Début de la relation avec Irmgard Keun. Sous l’influence de Zweig, Roth refuse de consulter un médecin : son état ne s’améliore pas ; il ne mange qu’une fois par jour.Il travaille au roman Les fausses mesures. L’éditeur Viking Press (Huebsch) résilie son contrat : Roth perd toutes ses chances d’être publié dans les pays anglophones.

1er août 1936
Visite à Otto de Habsbourg à Stenokerzeel (Belgique).

8 août 1936
Landauer refuse de verser de l’argent à la livraison d’un nouveau manuscrit car le montant des avances autorisées est largement dépassé.

4 septembre 1936
Roth répond à l’invitation de son vieil ami Heinrich Wagner à venir le voir à Calais, avant que ce dernier ne parte pour Londres.

Septembre 1936
Le roman Confession d’un assassin, racontée en une nuit paraît chez Allert de Lange.

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Sem Semjonowitsch Golubtschick se croit fils illégitime du prince Krapotkin, et se lance dans une quête éperdue pour être reconnu par ce père indifférent. Il est alors amené à faire partie de l’Okhrana, police secrète du tsar. Bourreau de dissidents et victime de ses passions, il va commettre l’irréparable. Roman écrit en 1936, par J. Roth qui a fui l’Autriche en 1933 et s’est réfugié à Paris.

28 octobre 1936
Signature, à Amsterdam, d’un contrat entre Roth et Cornelis Johannes Vos, représentant d’un petit éditeur catholique, De Gemeenschap. La date de remise du roman La 1002e nuit est par la suite plusieurs fois repoussée. Roth obtient un droit de regard particulier sur la vente des droits dérivés de ses œuvres. Il obtient de son nouvel éditeur, à partir de décembre, une avance mensuelle de 125 florins. Le vol d’un de ces paiements par son secrétaire à Amsterdam défraie la chronique.

Novembre 1936
Roth voyage à Bruxelles et Zürich avec Irmgard Keun et Paula Grübel.

22 novembre-16 décembre 1936
Séjour à Vienne avec Irmgard Keun, à l’hôtel Bristol. Roth travaille au roman La crypte des Capucins.

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Le narrateur, François Ferdinand, parent des Trotta de La Marche de Radetzky, a connu une jeunesse insouciante dans la Vienne de la  » Belle Epoque « . Mais la guerre qui l’entraîne aux confins de l’Empire où il sera fait, un temps, prisonnier des Russes, provoque l’écroulement de son pays, la débâcle de sa fortune et de ses illusions. Ce dernier roman, grave et mélancolique, écrit à la première personne, apparaît comme le testament-confession de l’auteur..

Décembre 1936
Par l’intermédiaire de son contact à Vienne (sa belle-sœur Hedy Pompan), Roth envoie à l’éditeur De Gemeenschap les cent premières pages du Conte de la 1002e nuit.

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À un chah de Perse saisi de tenace mélancolie, le chef de ses eunuques conseille un voyage dans la vieille Europe. Ainsi, pour la première fois depuis des siècles, le descendant des envahisseurs orientaux revient à Vienne, en voyage officiel cette fois. Il jette bientôt son dévolu sur une ravissante comtesse, exige de passer une nuit avec elle. Les autorités, police, militaires, s’emploient à satisfaire son caprice. Mais c’est dans une maison close aménagée pour l’occasion, auprès d’une prostituée qui ressemble à la comtesse, que sera habilement guidé le potentat ravi.
Commencé à la manière d’un conte oriental, le récit prend bientôt sa véritable dimension de roman viennois, roman d’une société naïve et cynique, corrompue et promise à la mort. Cette 1002e nuit est bien l’une des dernières fêtes viennoises célébrée par la littérature.

 

Hiver 1936-1937
Invité par le Pen-Club polonais, Roth, accompagné d’Irmgard Keun, entreprend une tournée de conférences qui les mène à Lemberg (Lvov), Varsovie, Vilna et autres villes. Jour de l’an chez des parents à Lemberg. Irmgard Keun rapporte que Roth se portait nettement mieux « chez lui » : il boit moins et mange avec appétit.

28 mars 1937
Une version de la conférence paraît dans la revue Der christliche Ständestaat sous le titre La superstition du progrès. Roth donne sa conférence dans la salle de l’association viennoise d’artistes Hagenbund.

15 avril 1937
Roth répond à une invitation de Friederike Zweig à Salzbourg, où il réside à l’hôtel Stein.

Pentecôte 1937
Le roman Les fausses mesures paraît chez l’éditeur Querido à Amsterdam.

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8-22 mai 1937
Vienne, hôtel Bristol. Roth se porte candidat pour une bourse de l’American Guild for German Cultural Freedom, fonds de soutien aux intellectuels émigrés, auprès duquel il joue également le rôle de conseiller. Il repart peu après pour Salzbourg.

Juin 1937
Bruxelles, hôtel Cosmopolite. Le Conte de la 1002e nuit ne paraît pas. Roth travaille au roman La crypte des Capucins pour continuer à recevoir des avances et corrige en même temps le précédent roman. L’éditeur De Gemeenschap s’impatiente. Roth demande à Blanche Gidon de s’entremettre pour lui afin d’obtenir le versement d’une avance de la revue Candide ; il soupçonne l’éditeur Allert de Lange de retenir des honoraires qui lui étaient destinés.
Un périodique américain souhaite publier des nouvelles de Roth, mais ses papiers sont toujours chez Manga Bell et chez son avocat Samuel Feblowicz à Paris. Il sollicite également l’aide de Blanche Gidon sur ce point. Querido cesse de défendre les intérêts de Roth en France. Roth espère que Blanche Gidon pourra faire publier Les fausses mesures par des éditeurs français ; il estime que ce roman est plus réussi que Confession d’un assassin.

Juillet 1937
Hermann Kesten invite Roth à Ostende. Un accord entre l’Allemagne et l’Autriche doit pacifier les relations entre les deux pays : les attentats nazis diminuent et des sympathisants nazis sont nommés à des postes officiels et au gouvernement. Les tentatives d’intégration de Schuschnigg ont aussi peu d’effet que ses déclarations sur l’indépendance de l’Autriche et les différences foncières avec le troisième Reich.

22 juillet 1937
Décès à Vienne de Karl Tschuppik, ami très proche. Roth déplore deux nécrologies. Il déplore la perte de nombreux proches dans les dernières années.

4 août 1937
L’éditeur zurichois Niehans propose à Roth de collaborer à la revue bimestrielle Maß und Wert à laquelle participent, entre autres, Thomas Mann, Konrad Flake, Ferdinand Lion (et, à partir de 1939, Golo Mann et Emil Oprecht). Il refuse l’honoraire « dérisoire ».

8 août 1937
Bruxelles. Le gérant des éditions De Gemeenschap étant en congé, Roth ne perçoit pas son versement mensuel. L’hôtel exige d’être payé, Roth n’a plus rien, « excepté des timbres » ; il demande à nouveau de l’argent à Stefan Zweig. Il ne voit pas d’issue et cherche à allonger les délais de remise de ses manuscrits.

Octobre 1937
Paris, hôtel Foyot.

2 novembre 1937
L’hôtel Foyot, résidence de Roth depuis de longues années, est détruit. Il emménage d’abord à l’hôtel Paris-Dinard, tout proche. À partir du printemps 1938, il réside à l’hôtel de la Poste, 18 rue de Tournon, juste en face de l’emplacement de l’hôtel Foyot. Y habitent également Soma Morgenstern et Jean Janès ainsi que, temporairement, Stefan Fingal.


12 Février 1938

Un entretien entre Hitler et Schuschnigg à Berchtesgaden démontre la position de faiblesse de Schuschnigg et laisse présager l’Anschluß. Contre la propagande nazie, Schuschnigg essaie de démontrer l’attachement de la population à l’Autriche en appelant à un référendum sur la liberté et l’indépendance de l’Autriche, le 13 mars 1938. Alors que l’influence nazie est très forte au sein du gouvernement (de nouveaux ministres sont des nazis déclarés, comme Arthur Seyß-Inquart), Schuschnigg ne tente qu’un timide rapprochement en direction des dirigeants sociaux-démocrates.

24 février-2 mars 1938
Roth se rend pour la dernière fois à Vienne, pour le compte des légitimistes autrichiens. Il descend à la pension-hôtel Atlanta. Le dernier discours de Schuschnigg devant le Parlement, retransmis à la radio, inspire à Roth son article « Victoria victis » qui paraît dans le dernier numéro de Der Christliche Ständestaat. Roth essaie d’être reçu par le chancelier Schuschnigg pour plaider en faveur d’une prise du pouvoir par Otto de Habsbourg, sans résultat. L’offre du prétendant Otto de Habsbourg d’assumer la responsabilité du gouvernement en Autriche afin de faire échec à la menace de l’annexion allemande est rejetée par Schuschnigg. Les chances de réussite d’une telle entreprise, si elle avait été réalisée, sont généralement jugées assez faibles.

2 mars 1938
Roth quitte Vienne.

11 mars 1938
Démission de Schuschnigg imposée par l’Allemagne. Arthur Seyß-Inquart forme un gouvernement provisoire.

13 mars 1938
Les troupes d’Hitler entrent en Autriche ; l’Anschluß est accompli. Très rapidement, les lois nazies entrent en vigueur en Autriche. L’émigration de nombreux persécutés commence. D’éminents opposants à l’Allemagne (également issus du camp conservateur) sont internés et envoyés en camp de concentration. La France et de l’Angleterre n’expriment pas l’opposition espérée.

16 mars 1938
Paris, hôtel de la Poste.
Après une présentation de Pierre Bertaux, Roth tient à la radio française un discours sur l’annexion de l’Autriche.
Contact avec Hubertus zu Löwenstein et poursuite de l’activité politique en faveur de l’American Guild for German Cultural Freedom. Roth assiste des émigrés et participe à des actions caritatives. En raison des événements politiques, Roth persuade l’éditeur De Gemeenschap d’avancer la sortie du roman La crypte des Capucins et de retarder la publication de Le conte de la 1002e nuit, bien qu’elle soit complètement corrigée et déjà imprimée à quelques exemplaires.

28 mars- 4 avril 1938
Réunions organisées par le Comité de défense des écrivains allemands et le Congrès international pour la défense de la culture en faveur de l’Autriche. Roth participe activement à ces deux manifestations.

13 juin 1938
Cérémonie commémorative organisée par le Comité de défense des écrivains allemands en l’honneur de l’auteur autrichien Ödon von Horváth, mort à Paris le 1er juin. Roth figure parmi les orateurs.

30 septembre 1938
Avec les accords de Munich, l’Angleterre, la France et l’Italie concèdent à l’Allemagne l’annexion du pays des Sudètes.

Fin de l’automne 1938
Roth se rend à Amsterdam pour rencontrer l’éditeur de Lange. Il écrit La légende du saint buveur. Il est épuisé, physiquement et intellectuellement. Il aurait emprunté à l’hôtelier l’argent de son billet de retour à Paris.

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Dans cette longue nouvelle écrite en 1939 peu avant sa mort, le portrait d’un clochard empreint d’ironie et d’humour, proche de l’auteur.

Fin décembre 1938
Le roman La crypte des Capucins paraît chez l’éditeur De Gemeenschap, à Bilthoven.

21 janvier 1939
Dorothy Thompson, présidente du PEN-Club américain, invite Roth à la World’s Fair qui se tient à New York du 5 au 10 mai 1939. Roth accepte mais ne part pas.

15 février-1er mai 1939
Une série d’articles de Roth paraît dans la revue monarchiste Die Österreichische Post sous le titre Journal noir et jaune (Schwarz-gelbes Tagebuch). À partir de février 1939, Roth exprime de violentes divergences avec la direction de la revue (sans sortir des limites de la correspondance privée). La crypte des Capucins paraît en feuilleton dans cette revue.

Printemps 1939
Roth travaille à un essai sur Georges Clemenceau. Mauvaise santé ; ses amis Soma Morgenstern, Ludwig Marcuse, Stefan Fingal et Jean Janès le soutiennent. Il rencontre souvent Blanche Gidon et Friederike Zweig.

11 mars 1939
Pour le premier anniversaire de l’annexion de l’Autriche, Roth participe à plusieurs rassemblements. Une grande manifestation de la Ligue de l’Autriche vivante (dont Roth est vice-président avec Franz Werfel et Emil Alphons Rheinhardt) se tient à la salle Adyar.

16 mars 1939
Hitler annonce la formation du Reichsprotekorat de Bohême-Moravie, qui fait partie du Grand Reich. Il poursuit ainsi sa politique d’annexion, soulevant pour la première fois des protestations officielles sans, toutefois, aucune sanction.

27 avril 1939
Contrat de Roth avec l’éditeur de Lange pour la nouvelle La légende du saint buveur en lieu et place de l’essai sur Clemenceau.

9 mai 1939
Roth promet à la Guild for German Cultural Freedom un article qui ne paraîtra jamais.

24 mai 1939
Roth apprend au café Le Tournon la nouvelle du suicide d’Ernst Toller à New York : il s’effondre. Alertés par l’hôtelière, Blanche Gidon, Friederike Zweig et Soma Morgenstern le font transporter à l’hôpital Necker.

27 mai 1939
Roth meurt à 5 h 55 à l’hôpital Necker.

30 mai 1939
Roth est enterré à 16 heures au cimetière de Thiais.
Les papiers de Roth qui se trouvent à l’hôtel sont rassemblés et conservés par différentes personnes.

Juin 1939
La légende du saint buveur paraît aux éditions Allert de Lange.

3 juin 1939
Représentation unique, au théâtre Pigalle, de l’adaptation théâtrale de Hiob, réalisée par Victor Clerment, sur une musique d’Erich Zeisl.

Août-septembre 1939
Pacte de non-agression entre l’Allemagne et l’Union soviétique. Le 1er septembre, l’Allemagne attaque la Pologne sans déclaration de guerre préalable. L’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 septembre, après l’expiration d’un ultimatum. La Deuxième guerre mondiale commence.

Décembre 1939
Le conte de la 1002e nuit est publié dans sa version définitive par l’éditeur De Gemeenschap.

Printemps 1940
La nouvelle Leviathan est imprimé par l’éditeur Querido mais n’est vraisemblablement pas mise en vente.

Juillet 1940
Friederike Roth est transférée à l’hôpital psychiatrique de Niedernhart près de Linz, où elle est euthanasiée.

Source : Joseph Roth im Exil in Paris 1933 / 1939, de Heinz Lunzer et Victoria Lunzer-Talos (victoria.lunzer -at- univie.ac.at), 2008. Merci à François W. pour la traduction. Ce livre n’existe actuellement qu’en allemand. Une exposition lui est associée, qui viendra peut-être un jour à Paris. www.literaturhaus.at/veranstaltungen/roth_exil/presseinfo/  – Source texte: Terre d’écrivains

Bonne exposition,

Saint-Sulpice

 

Joseph Roth « L’exil à Paris 1933 ~ 1939″ – Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme – Hôtel de Saint-Aignan – 71, Rue du Temple – 75003 Paris – Tel: 01.53.01.86.60- Métro : Rambuteau, Hôtel de Ville, Bus : 29, 38, 47, 75, RER : Châtelet-Les Halles, Parking : Pompidou, Beaubourg, Hôtel de Ville, Baudoyer - Du 17 Juin au 4 Octobre 2009 - Du lundi au vendredi : 11h00 à 18h00, Dimanche : 10h00 à 18h00, Fermeture des caisses à 17 h 15 - Nocturnes exceptionnelles jusqu’à 21h, les jeudis 25 juin, 10 et 24 septembre 2009 (fermeture des caisses à 20h15) - Tarifs: Plein: 6,80€, Réduit: 4,50€, Groupes de 10 à 25 personnes: 5,00€ par personne -

Etienne Dumont fête ses soixante ans…

Etienne Dumont fête ses soixante ans... dans Evenementiel etiennedumontphsteeveiuncker 

 

Il fait partie des personnes les plus “modifiées” au monde : pour fêter ses 60 ans, Etienne Dumont —célèbre critique d’art à Genève— s’est fait exposer dans une galerie d’art, afin que tous puissent enfin voir son corps, enfin dévoilé.

 

 

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On l’appelle le «Papou genévois» mais, paradoxalement, ce phénomène ambulant cultive l’ombre. Coiffé d’un bonnet, emmitouflé dans des mitaines, il refuse longtemps d’accorder le moindre interview au sujet de ses étonnantes transformations… Jusqu’à ce que – il y a un mois environ – la galerie Krisal de Genève parvienne à le convaincre d’exposer des images de son corps nu ou presque… Pour fêter ses 60 ans, Etienne Dumont a décidé de se faire prendre en photo par 12 photographes. L’expo dure deux jours et attire une foule de curieux. “J’étais très surpris, avoue Francis Trauning, un des photographes. J’ai vendu un grand portrait d’Etienne, celui dans lequel on le voit enfant, puis adulte, puis transformé… Je n’aurais jamais pensé que des gens puissent avoir envie de posséder une photo aussi frappante chez eux.” La mention “frappante” n’est pas exagérée.

 

 

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Journaliste spécialisé art et culture de la Tribune de Genève, Etienne Dumont porte un tatouage quasi-intégral. Il est recouvert d’encre de la tête au pied, à la seule exception des paupières, des parties génitales, de l’anus et de la paume des mains et des pieds. Etienne Dumont porte en outre, sous la lèvre, une sorte de hublot qui montre la racine de ses dents et ses gencives. Ses oreilles sont ornées de gigantesques disques, pareilles à des décorations primitives. Il s’est fait implanter deux gros anneaux de métal qui apparaissent en relief sur le dos de ses mains. Au-dessus du front, un pédoncule semblable à un oeil globuleux d’extra-terrestre pointe comme une antenne. A l’origine, il avait deux “cornes” sur la tête. Une nécrose foudroyante l’a obligé à se débarrasser de celle de droite. Ce qui l’énerve : il aurait voulu être symétrique. Mais les lois du corps n’ont rien à voir avec l’ordre et la raison.

J’ai appris avec ces modifications qu’il ne fallait pas avoir de plan pré-établi, dit Etienne. C’est peut-être la principale leçon qu’il y a à retirer d’une telle démarche. Il faut accepter d’avoir la partie droite du corps moins bien irriguée (c’est le cas pour la majorité des gens), donc moins apte à subir des modifications extrêmes. Dans le lobe de mon oreille gauche, je porte un disque de 7 cm de diamètre. Le disque de droite fait seulement 4 cm. Sur le visage, je porte un tatouage qu’il a fallu rendre dissymétrique pour qu’il ait l’air symétrique : il y a plus de lignes d’un côté que de l’autre, mais ça ne se voit pas justement. Il faut donc tricher avec les parties droites et gauches du corps. Mettre au point des illusions d’optique. J’ai l’impression d’avoir passé des années à assembler un puzzle.”

Pour lui, tout commence en 1974. A l’époque, il n’y a pas de convention, pas de salon de tatouage, et les seuls motifs disponibles sont d’une pauvreté affligeante : des elfes et des ancres marines. Etienne Dumont se fait tatouer un aigle “avec une vague chose dessous. J’ai porté cette croix pendant 6 ans ! C’était tellement moche…”. Il n’aime pas le résultat, mais il aime l’acte et c’est pourquoi, quelques années après cette première tentative, Etienne Dumont retourne dans un studio pour se faire recouvrir l’aigle. Deux ans passent, Etienne brusquement se dit qu’il aimerait avoir un autre tatouage. “C’était en 1983, je suis tombé sur Dominique Lang et à l’époque on découvrait les tatouages dans le dos. Alors je me suis fait faire quelque chose dans le dos, ce qui m’a ensuite donné l’envie de faire un jumeau sur l’autre partie du dos, puis l’épaule, puis la cuisse…”. Etienne procède par à-coups, en faisant sauter des “verrous” successifs. “A chaque fois, je disais “On en reste là”. Puis, je revenais avec de nouvelles envies. Ça ne s’est arrêté qu’en 2005. Chaque fois, je disais à Dominique : “On ne va pas plus loin que l’épaule”, “pas plus loin que le coude”, pas plus loin que le poignet”. Puis, c’est allé jusqu’aux ongles, jusqu’aux pieds, jusqu’en haut du cou… Et là j’ai dit : “C’est terminé, c’est vraiment terminé”. On était en 1999.

Dans une une revue allemande, j’ai vu un tatouage blanc sur un visage. J’ai voulu le même, une sorte de barbe tribale recouvrant le menton, les mâchoires et le contour des lèvres. On l’a fait en blanc. Mais je trouvais que ça ne vieillissait pas très bien, ça virait jaune… Mon tatouage tournait comme un vulgaire yaourt. L’année suivante je l’ai fait faire en noir… Entre-temps j’avais vu au Musée d’Orsay, lors de l’exposition sur les moulages, le buste en plâtre d’un Néo-Zélandais, au visage couvert d’incisions soulignées d’encre. Longtemps, j’ai pensé à cette chose, sur ma table de nuit imaginaire, puis j’ai téléphoné à Dominique Lang : “On le fait.” Il n’était pas chaud. On l’a fait, en couleur. Ça m’embêtait d’avoir de la couleur sur le corps et la tête en noir et blanc, c’est comme si j’étais deux personnes. Alors on a tout refait en couleur. Ça a pris 10 mois, en tâtonnant. Il se passait toutes sortes de choses bizarres pendant les séances. Quand il plantait son aiguille dans les ailes de mon nez, par exemple, ça déclenchait des éternuements. Il fallait s’interrompre toutes les 10 secondes.

Etienne Dumont et son tatoueur expérimentent. Pour le visage, Dominique bidouille des aiguilles spéciales adaptées à l’épaisseur de la peau. Quand la peau est trop fine, elle fait buvard. L’encre se répand par capillarité et le dessin se transforme en tache… Il faut donc jouer sur le nombre d’aiguilles, enfoncer l’instrument plus ou moins loin dans le derme (au dixième de millimètre) et traiter, avec soin, les croutes de sang qui se forment ensuite… “Quand je me suis fait tatouer le genoux, je me suis retrouvé avec la jambe raide comme Frankenstein, avec une croute énorme… Sur les pieds aussi ça saigne beaucoup. La cicatrisation prend une semaine. Dans le dos, le lendemain d’une séance, je me réveillais avec les draps du lit incrustés dans la peau. Il fallait que je décolle le tissu à l’eau chaude… La douleur, je n’aime pas ça particulièrement. Il y a vraiment des moments où elle devient insupportable, surtout quand on est fatigué. Pendant la séance, il faut se concentrer. Le plus dur, c’est quand la tatoueur fait le dos, parce qu’on ne sait jamais à quel endroit il va piquer… La tête, c’est pas très agréable parce qu’on a l’impression d’avoir un marteau piqueur sur le crâne, avec l’effet de résonance. Mais là où ça fait le plus mal c’est dans les zones chatouilleuses, qui sont très innervées : en dessous des côtes, en ce qui me concerne. Le pourtour des oreilles est aussi très pénible, ça saigne tellement qu’il faut éponger en permanence.

En 2005, Etienne Dumont pense en avoir fini avec ce martyre. C’est alors qu’il découvre le piercing, le stretching et les implants… De nouveaux horizons s’ouvrent devant lui. Quand je le rencontre, dans un bar gay d’Oberkampf, il affirme qu’il n’a plus de projets. Puis rajoute : “jusqu’à nouvel ordre.” C’est que cette corne en moins l’embête tout de même… “C’est trop bête d’avoir eu aussi mal pour aussi peu de résultat, soupire-t-il. Les cornes, il a fallu les faire en plusieurs fois. Pour que la peau se distende (3,8 cm de hauteur, plus 5 mm de peau), on a progressivement augmenté la taille de l’implant. J’ai donc eu 5 “générations” de cornes, jusqu’à ce qu’un jour, dans un hôtel à Venise, je sente mon doigt rentrer à l’intérieur de ma tête… Je touchais presque le crâne ! Il a fallu couper, recoudre, faire une chirurgie esthétique… Le médecin m’a dit : “On sait bien que vous allez recommencer, mais attendez un peu, n’est-ce pas ?”.

 

 

Philippepache

 

 

Bien que son corps ne corresponde pas à un projet artistique global ni prémédité, Etienne Dumont en est plutôt heureux. “Je l’ai fait comme quand on se promène dans un pâtisserie, explique-t-il. J’ai dit : “donnez-moi ça, et ça, et ça”. Il y a du tribal, du cyber, des estampes d’Hokusai (sur la cuisse droite, ça représente un viol, un monsieur agresse une dame, mais je l’ai choisi juste pour l’harmonie des couleurs et des volumes). Il y a aussi des crânes inspirés par des natures mortes hollandaises, des pivoines et des chrysanthèmes… On a essayé d’harmoniser le tout. Je n’attache aucun sens particulier à ces images. Il n’y a pas de symbolisme. Je n’ai fait tout ça que pour le plaisir. Et je ne me croyais pas capable d’aller jusqu’au bout. Vous savez, quand on dit aux gens : “Ce corps, c’est 450 heures de tatouages répartis sur 15 ans”, ils reculent devant ce que cela représente. Moi aussi, j’aurais reculé.

Bien qu’il se défende d’accorder à son corps une autre valeur que celle de simple support à des expériences, Etienne Dumont avoue qu’il y a quelque chose de la parade amoureuse dans ce déploiement de couleurs et de formes outrancières. “Quand on est dans mon état, on n’entre plus quelque part, dit-il. On fait une entrée. Je ne peux plus la jouer modeste maintenant. Alors j’y vais. Et j’essaye d’avoir le bon mot. Un jour, une Anglaise en me voyant s’exclame “Oh my goodness, what a tattoo !” (Bonté divine, quel tatouage). Je lui ai répondu : “Goodness has nothing to do with it” (La bonté n’a rien à voir avec ça !). Parfois, quand des hommes me regardent, je me demande s’ils ne sont pas intéressés par moi. Il y a une ambiguité. Mais souvent, non, ils ne me draguent pas. Ils sont juste curieux. Parfois, j’oublie mon apparence. Je n’y pense pas vraiment. Je vis avec. Parfois, j’ai l’impression d’être dédoublé. Il y a mon corps et moi derrière. C’est comme un jeu de cache-cache.” Dans la rue, ceux qui réagissent mal sont généralement des immigrés, des gens qui essayent de s’intégrer et qui trouvent choquant de vouloir sortir de la norme.

En revanche, les vieilles personnes sont toujours complices. Elles approuvent. “Comme les vieux se sentent exclus, ils font preuve d’empathie avec ceux qu’ils pensent dans les marges, explique Etienne. Une fois, en Italie, une petite dame de 80 ans me félicite : “Signore, vous n’avez pas de bagage, pas de famille, pas d’enfant. Vous êtes un homme libre !”. A Paris, au Carrousel du Louvre, un gamin répète à voix haute : “Maman je veux voir le clown.” Et dans une exposition, alors que j’étais immobile devant une oeuvre d’art, une dame dit à son mari : “Mon dieu, j’ai cru qu’il était vivant !”. Elle me prenait pour une pièce de l’exposition. Le plus drôle, ce sont ces gens qui me disent bonjour dans la rue, à Genève, persuadés que je sais qui ils sont. Quand je leur dis que je ne les reconnais pas, ils s’exclament: “Ah bon ? Pourtant, moi je vous ai reconnu !”.

 

Bien à vous,

Saint-Sulpice

 

Parmi les personnes les plus modifiées au monde on trouve : Michael Jackson, Katzen (cat woman), Tom Leppard, Eric Sprague (Lizardman), Lucky Diamond Rich (en interview sur LaSpirale), Lolo Ferrari, Enigma, etc.

Etienne Dumont apparaitra dans « Tatoués, percés…. ceci est mon corps », documentaire de Olivier Delacroix, diffusé le 31 mars 2009 à 20h35 sur France 4.

Les Juifs Américains

Les Juifs Américains juifs

 

Les Juifs américains, par André Kaspi, Plon, 2008, 322 pages, 23 euros

D’abord sur le fait que l’histoire des Juifs américains est quasiment plus ancienne que celle des Etats-Unis eux-mêmes. C’est en effet en 1654 que sont arrivés les premiers Juifs à la Nouvelle Amsterdam, alors colonie hollandaise. Il s’agissait de Juifs Sépharades, c’est-à-dire qu’ils avaient pour ancêtres des Juifs d’Espagne ou du Portugal.

1492 qui est la date de la découverte de l’Amérique par Colomb a été également – et il est intéressant de faire le parallèle entre ces deux événements – celle de l’expulsion des Juifs d’Espagne. Ceux-ci ont alors été chercher refuge ailleurs et notamment dans ce qu’on appelait à l’époque les Provinces Unies, nos Pays-Bas actuels. Il n’est donc pas surprenant de retrouver ces Juifs venus de Hollande dans une colonie hollandaise qui fut d’abord brésilienne, Recife. Mais quand les Portugais conquièrent cette terre, ils doivent de nouveau s’enfuirent cette fois-ci pour une autre colonie hollandaise, la Nouvelle Amsterdam, actuelle New-York. Ils sont alors très peu nombreux, à peine 3000, et ne représente que 0.03% de la population de la colonie.

La grande vague d’immigration des Juifs américains est représentée plutôt par ceux qui arrivèrent des Etats allemands au cours du XIXe siècle. Ces Etats étaient particulièrement réactionnaires, les Juifs y souffraient d’une grande pauvreté ; or dès cette époque les Etats-Unis attrairaient beaucoup d‘immigrants d’Europe. On disait là-bas : « Il y a des terres sans homme pour des hommes sans terre », bref, il s’agissait d’un pays à peupler. Cela dit, André Kaspi nous rappelle que les juifs d’origine allemande, mais également polonaise, s’installent très rarement sur la terre. Ils travaillent plutôt dans ce qu’on appellerait aujourd’hui les services, surtout le commerce, le petit commerce, voire le colportage. Quand cette activité leur a réussi et qu’ils s’enrichissent, ils peuvent ouvrir leur boutique, voire de très grands magasins comme à New-York. Ces Juifs allemands s’intègrent particulièrement bien à la société américaine.

D’ailleurs, l’auteur note que contrairement aux autres communautés pour lesquelles un tiers des immigrants repartent finalement dans leur pays d’origine, les Juifs restent – seuls 5% repartent. C’est qu’ils n’ont aucune tentation de retourner dans les pays qu’ils ont fui, où sévit pour eux une extrême pauvreté associée le plus souvent à un fort antisémitisme.

D’un point de vue religieux, André Kaspi revient sur la composition de la communauté. Les Juifs allemands ont en effet apportés dans leurs bagages la réforme du judaïsme. Réforme qui avait pour but de moderniser cette religion, dans le culte, dans ses pratiques religieuses, en quelques sortes, d’après l’auteur de le protestantiser. Cette réforme appelle une réaction, si bien qu’on peut au final distinguer trois communautés. Les orthodoxes représentent aujourd’hui près de 10% de la communauté juive. Conservateurs et réformés sont à peu près au même niveau, avec cependant un léger avantage aux réformés.

Les orthodoxes sont arrivés assez tard aux Etats-Unis, dans les années 30 ou pendant la guerre, victimes des nazis ; André Kaspi parle d’une sorte de paradoxe. Ils ne veulent pas céder à la tentation de s’intégrer dans la société américaine, ne parlent pas l’anglais qui est la langue des goyim ; l’hébreu étant la langue sacrée, le Yiddish doit être leur lange courante. Mais à côté de cela ils ne dédaignent pas les nouvelles technologies come l’informatique ou l’électronique. Ils s’imposent même dans le commerce des diamants sur la 47e rue qui est en quelque sorte si l’on peut dire envahie par ces Juifs orthodoxes.

Ces Juifs arrivèrent en général très pauvres aux Etats-Unis. Ils travaillèrent dans les ateliers de confection avant de s’investir dans d’autres secteurs de l’économie, dans la culture et même en politique. Leur présence dans ces milieux fut même dénoncée avec véhémence par des antisémites aussi célèbres qu’Henri Ford ou Charles Lindbergh qui, en 1941, à la veille de Pearl Harbour dénonçait encore ce lobby Juif qui cherchait à pousser les Etats-Unis dans la guerre. Or, ce qu’il faut bien voir, c’est que Charles Lindbergh n’est alors plus seulement l’aviateur qui a traversé en solo l’Atlantique, en 1927, mais c’est le porte-parole des isolationnistes, c’est-à-dire de ceux qui ne veulent surtout pas que les Etats-Unis se mêlent des affaires européennes. Et pour cause, car Lindbergh est également l’homme qui a des contacts avec les nazis et André Kaspi rappelle qu’il avait alors une deuxième famille en Allemagne qu’il avait cachée à sa famille américaine.

On ne peut pas admettre aujourd’hui qu’il existe un lobby juif aux Etats-Unis. Le lobby est une organisation complètement légale qui est déclarée auprès du département de la justice pour ceux qui travaillent pour des puissances étrangères ou bien auprès du congrès. Les Juifs, comme tous les Américains, ont cependant accès aux métiers de la politique. Si aucun n’a encore été président des Etats-Unis ou même vice-président, André Kaspi croit qu’aujourd’hui, alors qu’une femme ou qu’un Noir pourrait l’être, il n’y aurait rien de surprenant à ce qu’un jour ou l’autre un Juif le devienne.

Il est vrai que leur présence dans le milieu du cinéma est importante. Pour l’auteur, c’est même les juifs qui ont inventé Hollywood. Car contrairement au secteur de la haute banque par exemple, fortement discriminatoire et où on ne trouve que peu de Juifs aux Etats-Unis, contrairement à la France par exemple à la même époque, dans les années 20, le cinéma comme industrie nouvelle offre des possibilités pour les Juifs d’imposer leur marque. C’est le cas également de tous les nouveaux secteurs comme l’immobilierles produits de beauté, des secteurs qui sont ouverts à de nouvelles personnalités comme les Juifs. Pour André Kaspi, c’est leur investissement dans ces nouveaux secteurs de l’économie qui caractérise leur intégration dans la société américaine. ou

On a pu parler d’un lobby juif en le confondant avec le lobby pro-israélien : l’AIPAC (American Israeli Public Affairs Committie) qui est le lobby le plus puissant aux Etats-Unis derrière celui des retraités.

C’est ainsi que deux universitaires américains, John Mearsheimer et Stephen Walt dénoncent ce lobby et reprochent au gouvernement américain de s’aligner sur les volontés d’Israël. Pour André Kaspi, ces derniers ne font que reprendre les arguments des protocoles des sages de Sion qui, dans les années 30, imaginaient un complot juif international tout puissant.

Concernant l’AIPAC, l’auteur revient sur quelques éléments importants à souligner :

D’abord, tous les Juifs américains ne suivent pas les recommandations de l’AIPAC. Pour parler comme chez nous, on pourrait dire que la plupart des Juifs américains sont plus à gauche que l’AIPAC et plutôt favorables à un dialogue avec les Palestiniens. D’ailleurs, à ce propos, il est intéressant de noter que Georges W. Bush, pourtant le plus pro-israélien de tous les présidents des Etats-Unis n’a recueilli en 2004 que 23% du vote Juifs. C’est qu’aux Etats-Unis, les Juifs votent plutôt pour les candidats démocrates.

Ensuite, il est essentiel de comprendre que l’AIPAC est composé en très grande partie de chrétiens évangéliques, c’est-à-dire d’Américains conservateurs qui ne sont pas Juifs, à l’image de Georges W. Bush.

D’ailleurs même le Ku Klux Klan, malgré ses aspects spectaculaires, est plus connu pour son hostilité envers les Noirs et les Catholiques que pour les Juifs. L’antisémitisme existe aux Etats-Unis même s’il n’a pas la même virulence que dans certains pays européens. Il est particulièrement présent dans trois microcosmes de la société américaine : tout d’abord et en premier lieu, chez les musulmans noirs qui suivent Louis Farrakhan qui exprime ce même antisémitisme que l’on trouvait en Europe dans les années 30 ; ensuite sur les campus universitaires où les étudiants qui n’ont pas forcément une culture historique suffisante sont pris à parti par les négationnistes par lesquels ils se laissent convaincre ; enfin , dans le prisons où se trouvent beaucoup de Noirs et où les détenus blancs sont particulièrement soumis à la propagandes de groupuscules certes minimes dans la société américaine mais extrêmement actifs dans ces lieux spécifiques.

Finalement les Juifs américains semblent s’être si bien et si entièrement assimilés que le plus danger pour l’identité juive semble aujourd’hui l’assimilation pleine et entière, signifiant la disparition des Juifs américains. Les mariages mixtes sont aujourd’hui de plus en plus fréquents, près d’un mariage sur deux. Cela rend le recensement de la population juive plus incertain ; on ne sait pas comment vont évoluer ces familles, vers le judaïsme, vers une autre religion, ou vers aucune autre religion… bref, la communauté juive courre le risque de disparaitre avec tout ce qu’elle a pu apporter à la société américaine.

André Kaspi termine sont livre par la phrase suivante : « Dans cinquante ans les Juifs américains n’occuperont pas la place qu’ils occupent. Qu’on s’en désole ou qu’on s’en réjouisse, peu importe. C’est une évidence à laquelle il n’est pas possible d’échapper »

 Bonne lecture,

Saint-Sulpice

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