Ara Güler – Lost Istanbul – Maison Européenne de la Photographie – Paris – 9 Septembre au 11 Octobre 2009

 Ara Güler - Lost Istanbul - Maison Européenne de la Photographie - Paris - 9 Septembre au 11 Octobre 2009 dans EXPOSITIONS arton659

Crédit Photo: © Ara Güler

La réputation d’Ara Güler le précède; véritable célébrité à Istanbul, il inspire respect et curiosité. Seigneur de la trempe des grands reporters d’autrefois, homme du monde, galant et affable, il est conscient d’être l’un des grands témoins de son époque. Après avoir fait plusieurs fois le tour du monde et laissé son empreinte sur chaque pierre de Turquie, Ara Güler n’aime plus voyager aujourd’hui, mais il voyage chez lui grâce à ses visiteurs du monde entier.
 

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Crédit Photo: © Ara Güler

À la fin des années 1940, il termine, selon les vœux de sa famille, ses études d’économie à l’Université d’Istanbul, tout en hésitant entre le théâtre, la peinture et le cinéma. Il commence parallèlement à faire de la photographie, sans imaginer en faire son métier.

 

Crédit Photo: © Ara Güler

« Ce qui n’était qu’un jeu gratuit au départ devait me réserver la plus grande satisfaction de ma vie : la découverte d’un langage, d’un moyen d’expression que l’on a longtemps côtoyé tout en ignorant les richesses et, qui plus est, la certitude de pouvoir s’exprimer par ce moyen. La confiance me revenait avec l’espoir d’avoir trouvé peut être ma voie en dehors des affaires… « (1) écrit-il dans la revue Camera à Roméo Martinez, en 1962.
 

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Crédit Photo: © Ara Güler

En 1948, à vingt ans, Ara Güler collabore, en tant que journaliste, au quotidien Yeni Istanbul, puis au magazine Hayat comme photographe. Au début des années 50, la Turquie, comme le reste de la Méditerranée, entre dans une phase de transition profonde.

 

Crédit Photo: © Ara Güler

Ara Güler photographie Istanbul, la Turquie, l’Anatolie, les sites archéologiques, les ruines d’Aphrodisias, les villages… Il appartient à la génération de photographes turcs qui ont joué un rôle capital dans la reconnaissance de leur pays à l’étranger.
 

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Crédit Photo: © Ara Güler

Ara Güler devient également correspondant pour des titres étrangers comme société turque. On ressent d’ailleurs dans les images des années 50 et 60 la profonde nostalgie qui animait déjà Ara Güler à l’époque. Dans Istanbul. Souvenirs d’une ville(3) où des photos d’archive accompagnent les souvenirs d’enfance d’Orhan Pamuk, ce dernier parle de hüzün, mot d’origine arabe qui signifie à la fois mélancolie et tristesse, selon lui le « sentiment le plus fort et le plus permanent de l’Istanbul de ces derniers siècles ». Cet Istanbul, nocturne et brumeux, évoque le Valparaiso envoûtant de Serge Larrain.

 

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Crédit Photo: © Ara Güler

En résulte une vision de la ville qui brille non des fastueux vestiges de l’Empire Ottoman, mais d’une autre lumière, celle des pavés luisants sous la pluie, des réverbères allumés à la tombée de la nuit, des phares de voitures qui remontent vers Beyoglu et des ferries s’éloignant dans le brouillard le long du Bosphore.

 

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Crédit Photo: © Ara Güler

L’univers d’Ara Güler, étonnant conteur, est riche de références issues de la littérature, de la peinture et du cinéma, d’où viennent la plupart de ses amis.  » Notre monde a été créé par des artistes, je les ai cherchés partout et photographiés « (4).

 

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Crédit Photo: © Ara Güler

Les beaux portraits de Chagall, Calder, Bill Brandt, Orson Welles, Elia Kazan, Fellini, Bertrand Russel, Yasar Kemal, Orhan Pamuk, présents dans les archives avec des centaines d’autres artistes et intellectuels, révèlent un autre aspect de son travail et de son talent.
 

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Crédit Photo: © Ara Güler

Si l’œuvre d’Ara Güler s’inscrit dans la grande tradition humaniste, son réalisme poétique lui confère une force et une singularité particulières. Ses images ne sont pas seulement une documentation historique sur Istanbul.

 

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Crédit Photo: © Ara Güler

 En effet, ses clichés de la ville habitée par la mélancolie, ses portraits d’une présence surprenante l’imposent comme une des figures majeures de la photographie du siècle dernier.

 

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Crédit Photo: © Ara Güler

Aujourd’hui, Ara Güler se voue à transmettre le message de son « Istanbul perdu » à travers les livres et les expositions qu’on ne finit pas de lui consacrer. Depuis l’Ara Café (café installé au rez-de-chaussée de la maison où il a grandi), il regarde, amusé, le monde s’agiter autour de lui, les visiteurs se succéder et sa notoriété prospérer. Source Texte: Laura Serani, Commissaire de l’exposition. 


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Crédit Photo: © Ara Güler

(1) Camera numéro 2, Paris, 1962
(2) Jimmy Fox, ancien Rédacteur en chef de Magnum Photos de 1974 à 2000. Hommage à Ara Güler pour son 70e anniversaire, publié par Ilker Maga. « Edition.M » Istanbul.
(3) Istanbul. Souvenirs d’une ville d’Orhan Pamuk. Gallimard 2003
(4) Le photographe d’Istanbul, Ara Güler. Un film de Erdal Buldun et A.Özdil
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Biographie d’Ara Güler

Ara Güler (16 août 1928, Istanbul) est un photographe photojournaliste turc d’origine arménienne.

Élevé dans un milieu d’artistes, Ara Güler débute sa carrière de journaliste en 1950 au journal Yeni Istanbul, alors qu’il est étudiant en économie. En 1958, lorsque Time ouvrit un bureau en Turquie, Güler fut le premier correspondant au Proche-Orient pour ce magazine.

Dans les années 1960, il publia pour les magazines les plus célèbres tels Stern, Paris-Match ou The Sunday Times.

Par ses rencontres avec Henri Cartier-Bresson et Marc Riboud, il fut encouragé à rejoindre l’Agence Magnum qu’il quitta quelques années plus tard.

En 1961, il fut accepté comme le seul membre turc de l’American Society for Media Photographers.

Güler est allé photographier dans de très nombreux pays autour du monde, tels l’Iran, le Kazakhstan, l’Inde, le Kenya, la Nouvelle-Guinée ou Bornéo. mais il a surtout photographié en profondeur la Turquie son pays d’origine et principalement Istanbul. A tel point qu’il est surnommé l’oeil d’Istanbul.

Güler est aussi un photographe portraitiste, qui a saisi les personnalités les plus diverses, de Winston Churchill à Ansel Adams en passant par Bertrand Russell ou Pablo Picasso.

 

Bonne exposition,

Saint-Sulpice

 

- Lost Istanbul – Maison Européenne de la Photographie – 5 à 7 Rue de Fourcy – 75004 Paris – Tél: 01.44.78.75.00 – Métro: Saint-Paul, Ligne 1 ou Pont-Marie, Ligne 7 - Parkings publics: Parc Baudoyer, Parc Pont-Marie, Parc Lobau ( Un stationnement est réservé aux visiteurs handicapés moteur devant le 2 rue de Jouy ) – Du 9 Septembre au 11 Octobre 2009 – Ouvert tous les jours de 11 heures à 20 heures, sauf les lundis, mardis et jours fériés. Accès à la billetterie jusqu’à 19 heures 30 - Tarifs: Plein 6.50€, Réduit, 3.50€ – Plus de 60 ans, famille nombreuse, étudiant, enseignant, demandeur d’emploi, bénéficiaire de l’aide sociale et du RMI, Maison des artistes, les abonnés des lieux partenaires. Gratuité aux moins de 8 ans en individuel, personne handicapée , accompagnateur de groupe, personnel de la Ville de Paris, carte presse et tous les mercredis dans la tranche horaire 17 à 20 heures. 

A lire:

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 Istanbul · Ara Güler est un témoignage photographique sur la vie quotidienne de la capitale culturelle turque des années 1940 aux années 1980. Les sujets choisis par l’artiste reflètent, avec un esthétisme poétique et sensible, l’oscillation entre tradition et modernité de cette ville, carrefour de l’Europe et de l’Asie, qui fut autrefois Byzance, puis Constantinople. Ces remarquables photographies en noir et blanc sont accompagnés d’un texte inédit d’Orhan Pamuk, autre grande figure de la culture turque. Nés tous deux à Istanbul, les deux hommes, dans leur jeunesse, voulaient devenir peintre. Et, chacun à leur manière, ils dépeignent ici leur ville natale et capturent, par l’image ou par les mots, son âme mélancolique. - Istanbul par Ara Güler & Orhan Pamuk aux éditions du Pacifique – 184 pages – 35€

 

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Alors étudiant en économie, Ara Güler débute sa carrière de journaliste en 1950 au journal Yeni Istanbul. En 1958, le Time ouvre un bureau en Turquie et Güler devient le premier correspondant de ce magazine au Proche-Orient. Par la suite, il publie pour les magazines les plus célèbres tels Stern, Paris-Match ou le Sunday Times, et devient en 1961 le seul membre turc de l’American Society for Media Photographers. Güler a travaillé dans de nombreux pays autour du monde, du Kazakhstan à la Nouvelle- Guinée en passant par l’Iran, l’Inde, le Kenya… mais il a surtout photographié en profondeur la Turquie, et principalement Istanbul, à tel point qu’il est surnommé l’oeil d’Istanbul. Cet ouvrage est publié à l’occasion de la Saison de la Turquie en France (2009), avec le soutien de Culturesfrance, de la Maison Européenne de la Photographie et de la Ville de Paris

- Ara Güler, Photographe par lui-même aux éditions de l’Oeil - 5.50€

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Alexandre Calder – Les Années Parisiennes 1926 ~ 1933 – Centre Georges Pompidou – Paris

Alexandre Calder - Les Années Parisiennes 1926 ~ 1933 - Centre Georges Pompidou - Paris dans EXPOSITIONS EXP-CALDER

 

Le but de l’exposition, consacrée aux premières années de création de Calder à Paris (1926-1933), est d’explorer les sources de cet « art d’ingénieur », notamment à l’origine de son premier chef-d’oeuvre, le Cirque. Grâce aux nombreuses pièces exposées, mises en mouvement à l’aide de films, de documents d’archives, les visiteurs d’aujourd’hui pourront retrouver la magie des créations animées de l’artiste et la truculence de ses portraits au fil de fer, inspirés par des vedettes et artistes de l’époque.

L’exposition met aussi en valeur l’autre temps fort de la création de Calder qui, en 1930, après une visite à l’atelier de Mondrian, bascule définitivement vers l’abstraction.

 

Biographie d’Alexandre Calder

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Alexander Calder est le fils de deux artistes. Ingénieur de formation, il a surtout réalisé des mobiles, assemblages de formes animés par les mouvements de l’air, des stabiles « la sublimation d’un arbre dans le vent » d’après Marcel Duchamp.

En 1923, il entre à l’Art Students League of New York où il étudie avec des peintres de l’École Ashcan comme John Sloan et George Luks (en anglais). En 1924, il travaille comme illustrateur auprès de la National Police Gazette. En 1925, il réalise sur commande l’illustration des spectacles du cirque Ringling Ëbros. and Barnum & Bailey circus.

Il va se découvrir une fascination pour le thème du cirque qui débouchera sur son Cirque de Calder, une performance où interviennent des figures faites de fil de fer et dans laquelle l’artiste joue le rôle de maître de cérémonie, de chef de piste et de marionnettiste en faisant fonctionner manuellement le mécanisme, le tout étant accompagné de musique et d’effets sonores. Le Cirque de Calder se produira à Paris en 1926.

Il s’installe en France en 1927, où il fabrique des jouets et donne des représentations avec son cirque de marionnettes, en fil de fer ainsi qu’en en bois articulés. Il entre en contact avec des artistes de l’avant-garde artistique parisienne comme Joan Miró, Jean Cocteau, Man Ray, Robert Desnos, Fernand Léger, Le Corbusier, Theo van Doesburg et Piet Mondrian en 1930 qui aura une grande influence artistique sur lui. Il abandonne la sculpture figurative en fil de fer qu’il avait pratiquée depuis 1926 pour adopter un langage sculptural entièrement abstrait.

En 1931, il s’incorpore au groupe Abstraction-Création, qui se consacre à la non figuration. À la galerie Percier, il expose une série d’œuvres abstraites faisant référence au monde naturel et aux lois de la physique qui le gouvernent. Construites en fil de fer et en bois, la plupart de ces œuvres évoquent la disposition de l’univers. Il commence aussi à construire des sculptures composées d’éléments mobiles indépendants entraînés par un moteur électrique ou par manivelle manuelle. En 1932, il expose trente de ces sculptures qualifiées de mobiles par Marcel Duchamp et qui marquent le début de sa carrière.

En 1943, le Museum of Modern Art de New York organise une première rétrospective, suivie en 1946 par une exposition à Paris préfacée par Jean-Paul Sartre, et en 1952, il obtient le grand prix de la Biennale de Venise.

En 1958, il réalise le mobile du siège parisien de l’Unesco, dix mètres de haut, deux tonnes d’acier noir, cinq bras.

En 1962 il s’installe dans son nouvel atelier du Carroi, d’une conception très futuriste et dominant la vallée de la Basse-Chevrière à Saché en Indre-et-Loire. Il n’hésitait pas à offrir ses gouaches et de petits mobiles à ses amis du pays ; il fit même don à la commune d’un stabile trônant depuis 1974 face à l’église : une anti-sculpture affranchie de la pesanteur.

Il fit fabriquer la majeure partie de ses stabiles et mobiles aux Ets Biemont à Tours, dont L’Homme, tout en acier inoxydable de 24 mètres de haut, commandé par l’International Nickel du Canada (Inco) pour l’Exposition Universelle de Montréal en 1967. Toutes les fabrications seront faites d’après une maquette réalisée par Calder, par le bureau d’étude pour concevoir à l’échelle réelle, puis par des ouvriers chaudronniers qualifiés pour la fabrication, Calder supervisant toutes les opérations, et modifiant si nécessaire l’œuvre. Tous les stabiles seront fabriqués en acier au carbone, puis peints, pour une majeure partie en noir, sauf l’Homme qui sera en acier inoxydable (brut), les mobiles étant fabriqués en aluminium et duralumin.

Il collabora au projet de Hervé Poulain, Art Cars, qui consistait à personnaliser un bolide pour les 24 heures du Mans. En firent de même Andy Warhol, César, Arman, Roy Lichtenstein, Wolinski, Franck Stella…

Alexander Calder meurt d’une crise cardiaque à New York, le jour du vernissage d’une rétrospective de son œuvre. Les quatres elements sont sublimes

 

Centre Georges Pompidou - Place Georges Pompidou - 75004 Paris – Tel: 01.44.78.12.33 - 18 Mars au 20 Juillet 2009 - Le Musée et les expositions sont ouverts de 11h à 21h (fermeture des caisses à 20h et évacuation des salles à 20h50). Nocturnes tous les jeudis jusqu’à 23h pour certaines expositions précisées dans l’agenda des manifestations (fermeture des caisses à 22h). Tarifs: Plein 12€ Réduit 8€.

Jacques Prévert – Paris la belle – Mairie de Paris

Jacques Prévert - Paris la belle - Mairie de Paris dans EXPOSITIONS

 

L’exposition « Jacques Prévert, Paris la belle »  fait état du lien étroit entre Prévert et Paris, depuis sa petite enfance dans le quartier du jardin du Luxembourg jusqu’à son statut d’icône de Saint-Germain-des-Prés.

Fondamentalement populaire et singulière, l’oeuvre de Jacques Prévert est à redécouvrir dans son intégralité.

De sa jeunesse contestataire à son amitié avec Joan Miró, Alexander Calder ou Pablo Picasso, de son métier de scénariste à la complicité qu’il tisse avec de nombreux photographes.

Cette exposition, bâtie sur les archives personnelles du poète, révèle un homme dont l’esprit, plus de trente ans après sa disparition, reste d’une fraîcheur et d’une actualité sans conteste.

 

Bonne exposition,

Saint-Sulpice

 

Hôtel de Ville – Salle St-Jean – 5, rue Lobau – 75004 Paris – M° Hôtel de Ville – Du 24 octobre 2008 au 28 février 2009, tous les jours sauf dim et jours fériés de 10h à 19h – Entrée libre.

 

 

 Biographie de Jacques Prévert


 

Né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine, Jacques est le second fils de Suzanne et André Prévert. Son frère aîné, Jean, décède à 17 ans, de la fièvre typhoïde. Son second frère, Pierre, né en 1906, sera son complice artistique tout au long de sa vie. Sa mère, d’un naturel joyeux, lui apprend à lire dans des livres de contes. Son père, plus sombre, fait de la critique littéraire, dramatique et cinématographique et l’emmène au cinéma et au théâtre. C’est ainsi qu’il découvre les premiers comiques de l’écran, et surtout les feuilletons de Louis Feuillade. C’était, comme l’écrira plus tard Prévert, « la plus fastueuse des misères ». Après un passage d’un an par Toulon, toute la famille revient s’installer en 1907 à Paris, rue de Vaugirard, puis en 1908, rue Férou. Prévert est inscrit dans un établissement catholique, rue d’Assas, jusqu’en 1914. Mais au catéchisme, il préfère la mythologie grecque qui stimule son imaginaire et dès 1909, il commence à faire l’école buissonnière. À 15 ans, certificat d’études en poche, Prévert abandonne définitivement l’école et vit de petits boulots. Incorporé en 1920, il rejoint son régiment à Lunéville.

Pendant son service militaire, Jacques Prévert se lie avec Marcel Duhamel, traducteur, éditeur et futur créateur, en 1945, chez Gallimard, de La Série noire (dont Jacques Prévert a trouvé le nom). À la même époque, il devient également l’ami du peintre Yves Tanguy. Toute une communauté de peintres, de poètes et de bons copains se retrouve au début des années 1920 sous le toit de Duhamel, 54, rue du Château, à Montparnasse : Raymond Queneau, Pablo Picasso, Alberto Giacometti… L’adresse devient le repaire du groupe surréaliste. Le jeune Prévert est séduit par l’esprit contestataire et le souffle d’insoumission qui s’y expriment, avec pour cibles favorites le clergé, l’armée, la police, ou l’institution scolaire qui « brime l’enfance ». Mais en 1930, ne supportant pas les attitudes souvent autoritaires d’André Breton, Prévert s’éloigne du groupe. Il publie alors, dans un tract collectif intitulé « Un cadavre », un texte qui fait date : Mort d’un Monsieur, pamphlet aux jeux de mots habiles et vifs, adressé au « pape du surréalisme. Jacques Prévert et André Breton n’en resteront pas moins amis.C’est à Jacques Prévert que l’on doit l’invention du « cadavre exquis », ce jeu collectif qui consiste à composer une phrase ou un dessin sans tenir compte de ce que les autres ont fait, sur la même feuille. Témoins rares et exceptionnels de cette période clé de l’histoire de l’art, les quelques « cadavres exquis » présentés dans l’exposition sont une plongée dans l’univers surréaliste.

Au début des années 1930, Jacques Prévert écrit des sketches et des pièces contestataires d’agit-prop pour le groupe Octobre, troupe de théâtre créée en référence à la révolution soviétique de 1917. Le plus célèbre de ces textes, La Bataille de Fontenoy (présenté en 1933 aux Olympiades internationales du théâtre ouvrier à Moscou), moque les hommes politiques de l’époque. De 1932 à 1936, le groupe est très actif et se produit dans des usines en grève (Citroën), des manifestations, en pleine rue, ou encore dans des bars. Prévert est l’auteur principal, et Lou Bonin le metteur en scène. Les textes, en prise directe avec l’actualité nationale ou internationale, sont écrits à chaud et les représentations données après à peine une nuit de répétition. Aux côtés de Jacques Prévert et de son frère Pierre, on trouve Raymond Bussières, Marcel Mouloudji, Maurice Baquet, Margot Capelier, ou encore des futurs cinéastes Paul Grimault, Yves Allégret et Jean-Paul Le Chanois. Une équipe d’amis et de fidèles avec lesquels Prévert continuera de travailler par la suite. Le groupe se sépare le 1er juillet 1936, à la suite d’une dernière représentation de leur spectacle, Tableau des merveilles. Prévert se consacre alors pleinement au cinéma.

Jacques Prévert se fait connaître dans les années 1930 comme scénariste et dialoguiste de cinéma. Son premier scénario, écrit pour le film de son frère Pierre,  » L’affaire est dans le sac  » (1932), est une variation sur le burlesque. En 1933, il travaille avec Claude Autant-Lara (Ciboulette) puis, en 1935, il écrit les dialogues du film réalisé par Jean Renoir,  » Le Crime de M. Lange « . L’engagement politique et social de Prévert se fait sentir dans cette histoire d’imprimerie reprise en main par les ouvriers à la suite de la mort présumée de leur patron. C’est lors d’une représentation de  » La Bataille de Fontenoy  » par le groupe Octobre, que Jacques Prévert fait la connaissance du jeune réalisateur Marcel Carné, puis de son décorateur, Alexandre Trauner. Carné, séduit par l’humour de Prévert, lui demande d’écrire les dialogues de son prochain film,  » Jenny « . Nous sommes en 1936. Pendant plus de dix ans, le trio fonctionne à merveille. Il donne naissance à un nouveau style cinématographique, le « réalisme poétique », auquel Carné préfère l’appellation de « fantastique social », et enchaîne les chefs-d’oeuvre jusqu’à l’immédiate après-guerre :  » Drôle de drame « ,  » Le Quai des brumes « ,  » Le jour se lève « ,  » Les Visiteurs du soir « ,  » Les Enfants du paradis «  et  » Les Portes de la nuit « . Le style de Prévert se retrouve aussi dans des films de Christian-Jaque, Jean Grémillon, Paul Grimault ou Pierre Prévert. Il suffit souvent d’une réplique pour qu’il se révèle, mélange de poésie des faubourgs, de jeux de mots tendres et corrosifs. Aux succès reconnus viennent s’ajouter les films auxquels il a collaboré sans que son nom soit mentionné au générique  » Une femme dans la nuit  » d’Edmond T.Gréville en 1941, ou  » La Marie du port « , de Marcel Carné en 1949 , et des dizaines de projets jamais tournés.

Les Enfants du paradis

Réalisé par Marcel Carné pendant l’Occupation, et 1945, c’est à la fois un hymne à l’amour fou, le plus bel hommage qui soit au monde du spectacle et une preuve éclatante de pérennité de la création artistique par-delà les tourments de l’Histoire. Film de plus de trois heures, divisé en deux époques, porté par une distribution exceptionnelle (Arletty, l’actrice préférée de Carné et de Prévert, entourée de Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Marcel Herrand, Maria Casarès, etc.), Prévert signe le scénario, Alexandre Trauner dessine les décors, Joseph Kosma compose la musique (ces deux derniers dans la clandestinité, car ils sont juifs), et Marcel Carné fait le lien entre tous. Un film qui, lors de sa sortie en 1945 restera plus d’un an à l’affiche à Paris, et sera élu en 1979 par l’académie des César « meilleur film français de tous les temps », puis en 1990, par un jury de 500 professionnels du cinéma « plus grand film français de tous les temps ».

Principaux films écrits ou coécrits par Jacques Prévert


- 1932 :  » L’Affaire est dans le sac  « (Pierre Prévert).
- 1933 :  » Ciboulette «  (Claude Autant-Lara).
- 1935 :  » Le Crime de M. Lange «  (Jean Renoir).
- 1936 :  » Jenny (Marcel «  Carné).
- 1937 :  » Drôle de drame « (Marcel Carné).
- 1938 :  » Le Quai des brumes «  (Marcel Carné).
- 1939 :  » Le jour se lève  » (Marcel Carné).
- 1939-1941 :  » Remorques « (Jean Grémillon).
- 1942 :  » Les Visiteurs du soir  » (Marcel Carné).
- 1943 :  » Lumière d’été  » (Jean Grémillon).
- 1943 :  » Adieu… Léonard ! « (Pierre Prévert).
- 1943-1945 :  » Les Enfants du paradis  » (Marcel Carné).
- 1945 :  » Sortilèges  » (Christian-Jaque).
- 1946 :  » Les Portes de la nuit  » (Marcel Carné).
- 1947 :  » Voyage surprise  » (Pierre Prévert).
- 1948-1953 :  » La Bergère et le Ramoneur  » (Paul Grimault), version inachevée du Roi et l’Oiseau (1979).
- 1949 :  » Les Amants de Vérone «  (André Cayatte).
- 1956 :  » Notre-Dame de Paris  » (Jean Delannoy).


Au lendemain de la guerre, l’éditeur René Bertelé obtient de Prévert l’autorisation de rassembler en un recueil ses nombreux textes et poèmes parus depuis les années 1930 dans des revues littéraires. Sorti en mai 1946, Paroles est le premier livre signé Prévert. Il en a lui-même créé le graphisme, à partir d’une photo de graffiti de son ami Brassaï. Le succès est foudroyant. Le style joyeusement iconoclaste de Prévert et ses thèmes de prédilection, les bonheurs simples, la révolte et l’amour, séduisent autant le cercle de Saint-Germain-des-Prés que le grand public. En quelques semaines, les 5 000 exemplaires du premier tirage s’envolent. Une nouvelle édition enrichie est vite publiée, et ses poèmes sont traduits en anglais, en italien, en japonais… D’autres recueils suivront (Spectacle, Histoires, La pluie et le beau temps, Choses et Autres, Fatras…), dans lesquels aphorismes, dessins, collages, sketches voisinent avec les poèmes. Parallèlement à ses propres recueils, Prévert cosigne des ouvrages avec des photographes, des peintres ou des illustrateurs pour enfants (Jacqueline Duhême, Elsa Henriquez, Ylla…). Alors que le style de Prévert apparaît d’une grande simplicité, ses textes sont très écrits, très travaillés. En témoignent ses brouillons aux ratures multiples, qui disent sa recherche du mot le plus juste. Auteur populaire qui magnifie la rue, poète rebelle aux étiquettes, il signe, sur les sujets les plus graves ou les plus quotidiens, une poésie gaie qui s’adresse à tous et fera le tour du monde. C’est aussi une poésie engagée et satirique, en phase avec l’actualité, comme le montrent, dans ses dernières années, les textes qu’il rédige sur mai 68 ou pour dénoncer la guerre au Vietnam.

Avec le succès de Paroles, Jacques Prévert se confirme, avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou Boris Vian, comme l’une des figures majeures de Saint-Germain-des-Prés. Beaucoup de ses « poèmes » les plus connus sont aussi des chansons à succès, dont la musique est signée de compositeurs talentueux, par exemple Christiane Verger, son amie d’enfance, Henri Crolla et, bien sûr, Joseph Kosma. Elles sont interprétées en France par de grands artistes comme Yves Montand, Cora Vaucaire, Juliette Gréco, Marianne Oswald, Germaine Montero, Mouloudji, les Frères Jacques ou Édith Piaf.Les Feuilles mortes Écrite à l’origine par Prévert pour le film « Les Portes de la nuit «  de Marcel Carné (1946),  » Les Feuilles mortes «  est interprétée par plusieurs personnages, dont celui joué par Yves Montand. Traduite en anglais (Autumn Leaves), elle est reprise par Miles Davis, Keith Jarrett ou Nat King Cole. Chanson indémodable, à la fois grave, tendre et sensuelle, Les Feuilles mortes a fait l’objet de plus de600 interprétations différentes.

Les chansons de Jacques Prévert ont fait l’objet d’interprétations multiples. Les noms cités sont ceux des versions les plus connues.

 

-  » Barbara  » (Marcel Mouloudji).
-  » Chanson dans le sang  » (Jacques Prévert).
-  » La Chasse à l’enfant  » (Marianne Oswald).
-  » Cri du coeur  » (Édith Piaf).
-  » Deux escargots s’en vont à l’enterrement «  (Les Frères Jacques).
-  » En sortant de l’école  » (Yves Montand).
-  » Et puis après je suis comme je suis « (Juliette Gréco).
-  » Les Enfants qui s’aiment  » (Juliette Gréco).
-  » Les Feuilles mortes  » (Yves Montand).
-  » Page d’écriture «  (Les Frères Jacques).
-  » La Pêche à la baleine  » (Agnès Capri).
-  » Le tendre et dangereux visage de l’amour  » (Cora Vaucaire).


Tout au long de sa vie, Prévert se lie d’amitié avec de nombreux photographes installés à Paris : Brassaï (qui a signé la photo de la couverture originale de Paroles), Eli Lotar, Dora Maar ou Man Ray dans les années 1920, puis, après la guerre, Édouard Boubat, Peter Cornelius, Robert Doisneau, Izis ou Willy Ronis. Avec certains de ces artistes, Prévert arpente Paris. De nombreux clichés témoignent de ces balades entre amis, sources d’oeuvres à quatre mains où se dévoile un amour partagé de la capitale. Entre l’écriture et la photographie, Prévert et ses amis photographes multiplient les jeux de correspondance. Le plus remarquable de ces ouvrages reste certainement Grand Bal du printemps, qui signe une collaboration exceptionnelle avec Izis. Avec tendresse et poésie, les deux artistes immortalisent le Paris des années 1950. Un visage triste, un couple heureux, une fenêtre ouverte, un chien perdu, une affiche collée sur un arbre, suscitent chez l’un un texte, chez l’autre une photo. Une complicité qu’ils renouvelleront avec bonheur avec Charme de Londres, en 1952. En 1954, Prévert travaille avec le photographe André Villers, de trente ans son cadet, à un ouvrage étonnant qui mêle les photos de Villers et les découpages de Picasso. Les textes sont de Prévert, tout comme le titre : le livre s’intitule Diurnes « parce qu’il y en a marre des nocturnes ».
En 1957, Jacques Prévert expose pour la première fois à la galerie Maeght une série de collages. Ces collages sont drôles et inventifs : une gravure ancienne voisine avec une photo de presse, une carte postale avec un cliché de Brassaï, Robert Doisneau ou Willy Ronis.  Prévert se plaît à y inclure les personnes de son entourage, sa propre photo, ou des personnalités célèbres de l’histoire ou de l’actualité (Napoléon, le pape Pie XII). Outre son rejet de l’Église et de l’armée qui reste un sujet de prédilection, le regard qu’il porte sur la réalité passe du tendre au sombre, de l’onirisme au monstrueux. Inspirés de la tradition surréaliste et d’une grande liberté formelle, les collages jouent sur le détournement d’aphorismes ou d’expressions populaires, la relecture ou la réappropriation d’images existantes. Genre artistique insolite et inclassable, le collage pratiqué par Prévert est un prolongement direct de son écriture imagée. Citations, proverbes et associations d’idées font corps avec le texte. Cette pratique qui, chez lui, donne des résultats saisissants, est sans doute l’aspect le moins connu de son oeuvre que cette exposition se propose de faire découvrir. Proche de Picasso, mais également ami de nombreux peintres célèbres ou moins connus, Prévert a écrit des dizaines de textes sur les artistes les plus divers. Il a aussi cosigné des livres d’art avec notamment Picasso, Miró, Calder, Chagall ou Max Ernst.Ouvrages

-  » Paroles  » , Éditions Le Point du Jour, 1945. Couverture de Brassaï
-  » Spectacle « , Gallimard (Point du Jour), 1951
- –  » La pluie et le beau temps « , Gallimard (Point du Jour), 1955
-  » Histoires et Autres Histoires « , Gallimard (Point du Jour), 1963
-  » Fatras « , avec 57 images composées par l’auteur, Gallimard (Point du Jour), 1966
-  » Imaginaires « , avec des reproductions en couleurs des collages de Prévert, Éditions Albert Skira, 1970
-  » Choses et Autres « , Gallimard (Point du Jour), 1972

Ouvrages collectifs-  » Contes pour enfants pas sages  » , illustré par Elsa Henriquez, Le Pré aux Clercs, 1947
-  » Des Bêtes « , avec des photos d’Ylla, Gallimard (Point du Jour), 1950
-  » Guignol « , avec des dessins d’Elsa Henriquez, La Guilde du livre, Lausanne, 1952
- –  » Grand Bal du printemps « , avec des photos d’Izis, La Guilde du livre, Lausanne, 1951
-  » Lettre des îles Baladar « , avec des dessins d’André François, Gallimard (Point du Jour), 1952
-  » L’Opéra de la Lune « , avec des dessins de Jacqueline Duhême et une musique de Christiane Verger, La Guilde du livre, Lausanne, 1953
-  » Couleur de Paris « , avec des photos de Peter Cornelius, Edita S. A., Lausanne, 1961
-  » Diurnes « , avec des découpages de Pablo Picasso et des interprétations photographiques d’André Villers, Berggruen, 1962
-  » Les chiens ont soif « , avec des lithographies et des eaux-fortes de Max Ernst, Au pont des Arts, 1964
-  » Fêtes « , avec des reproductions en couleurs d’oeuvres d’Alexander Calder, Maeght, 1971
-  » Hebdromadaires « , entretiens avec André Pozner, Guy Authier, 1972
-  » Adonides « , avec gravures en couleurs et gaufrages de Miró, Maeght, 1978Recueils posthumes

-  » Soleil de nuit, «  sous la direction d’Arnaud Laster, Gallimard, 1980
-  » La Cinquième Saison  » , sous la direction d’Arnaud Laster et Danièle Gasiglia-Laster, avec la contribution de Janine Prévert, Gallimard, 1984
-  » Octobre  » – sketches et choeurs parlés pour le groupe Octobre (1932-1936), textes réunis et commentés par André Heinrich, Gallimard, 2007Chronologie de Jacques Prévert 1900 : naissance de Jacques Prévert le 4 février à Neuilly-sur-Seine.
1915 : Prévert quitte l’école et exerce divers petits métiers.
1924 : installation à Montparnasse dans la maison louée par Marcel Duhamel, 54, rue du Château. L’adresse devient le rendez-vous des surréalistes.
1930 : parution dans des revues des premiers textes de Prévert et rupture avec le mouvement surréaliste.
1932 : Prévert rejoint le groupe Octobre, troupe théâtrale d’agit-prop avec divers amis, dont Raymond Bussières, Jean-Louis Barrault et Maurice Baquet.
1935 : scénariste et dialoguiste du film de Jean Renoir,  » Le Crime de M. Lange  »
1937 :  » Drôle de drame «  de Marcel Carné.
1938 :  » Le Quai des brumes «  de Marcel Carné.
1939 :  » Le jour se lève  » de Marcel Carné.
1941 :  » Les Visiteurs du soir  » de Marcel Carné.
1944 :  » Les Enfants du paradis  » de Marcel Carné.
1945 : dernier film du duo Prévert-Carné,  » Les Portes de la nuit « .
1946 : publication de  » Paroles « .
1946 :  » Les Feuilles mortes  » (texte mis en musique par Joseph Kosma).
1950 :  » La Bergère et le Ramoneur « , dessin animé coécrit avec Paul Grimault. Celui-ci reprendra ce travail en 1979 pour  » Le Roi et l’Oiseau « .
1951 : publication de l’ouvrage  » Grand Bal du printemps «  en collaboration avec Izis.
1957 : exposition de soixante collages de Prévert à la galerie Maeght à Paris.
1966 : publication de  » Fatras «  accompagné de collages de l’auteur.
1972 : publication de son dernier recueil,  » Choses et autres « .
1977 : Jacques Prévert s’éteint le 11 avril.

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