Mon voisin

  Francis Heaulme        

                        Un homme avertit en vaut deux…. C’est donc fort de ce principe que j’ai emménagé dans mon nouveau logement il y a quelques années dans un quartier populaire de notre bonne vieille capitale.  Ma propriétaire ne voulant pas m’alarmer avant d’avoir pu voir ma douce signature apposée au bas du bail de location sembla un brin gênée lorsque je m’enquis de la nature de mon proche voisinage.  » votre voisin? ma foi un jeune homme un peu attardé mais pas violent, un brin autiste. Ah acquiesçais-je un peu inquiet! Rassurez-vous reprit-t’elle. Il ne sort jamais de son appartement et de plus il est calme…. Deux jours passent et voilà que ma sonnette de porte d’entrée retentit. trop content qu’une bonne âme veuille bien se donner la peine de venir jusqu’à mon modeste logement me saluer j’accours jusqu’à la porte d’entrée ( long parcours d’environ trois mètres éreintant cependant les jours de grande fatigue) et sans même me donner la peine de jeter un oeil prudent au travers de mon judas j’ouvre celle-ci un grand sourire aux lèvres. Celui-ci ne tarde pas à s’éclipser aussi rapidement qu’il avait point.

                     J’ai devant mes yeux un mélange de Frankenstein et Heaulmes. Imaginez…. flippant non…. Je ne me démonte pas et tentant de rester naturel je sors un aimable « oui? Que puis-je pour vous? L’énergumène un brin menaçant tente de bouger les muscles de sa mâchoire et après un effort surhumain me réponds tout en me maculant de multiples postillons d’origine plus que douteuse dont certains tels des cocons contiennent encore les restes d’un maigre festin « arrêtez taper avec balle, mal à la tête » alors là j’ai vraiment flippé! Je me suis l’espace d’un instant remémorer les brefs souvenirs d’enfance dont je me souvenais, ai remercié la Sainte Vierge et mes parents de la belle et courte vie que j’avais pu mener et saisi dans la foulée une lampe torche  » d’origine Tchékoslovaque » en acier trempé que je garde précieusement derrière ma porte d’entrée en cas de panne de courant. C’est muni de ce contrepoids de plus d’un bon kilo dans ma poche arrière droite que d’une douce et calme voix je m’entendis lui répondre. « Pardon? »  »Oui » reprends-il tout en me fixant avec des yeux aux veines à moitié injectées et ressemblant étrangement à ceux d’un Rottweiler contrarié « Arrêtez de taper avec balle sur mon mur » « pas bien….mal à la tête….suis énervé » Mazette me dis-je mais dans quel bourbier me suis-je fourré!

                     J’ai repensé à cette émission passionnante « faites entrer l’accusé » qui retrace avec brio l’itinéraire des tueurs les plus fou  en pensant que je pourrai alimenter la rubrique sous peu.  »là vous devez vous méprendre » lui dis-je doucement, « j’ai passé l’âge mon brave de taper la balle sur quelque support que ce soit ». A son air hagard je me suis vite rendu-compte que le pauvre attardé n’avait pas saisi toute la hauteur de mon propos et décida de me rabaisser à son dico de poche spécial « 200 mots ». « Moi, pas taper balle, pas avoir balle, toi voir en haut si bruit vient pas de là bas » et la j’ai pensé que si le contact était bien passé et la compréhension fort aisée, la sanction elle ne tarderait pas être bien loin et qu’à quitte ou double, je jouai gros!!!!

                       Mon sérial killer de palier fit alors un pas en arrière et du haut de son mètre quatre vingt-quinze porta une de ses mains de charpentier…. ( vous flippez moi aussi….) sur sa bouche m’épargnant un instant de ses lancers incessants de particules alimentaires salivées et les yeux horrifiés, le crâne rasé mais perlant du suée m’annonça d’une voix chevrotante  » non pas là haut, eux pas bien, eux taper moi » ( vous remarquerez toute la finesse du dialogue). Profitant de ce moment d’inattention soudain, je lui souhaita à vitesse éclair une agréable soirée « Bsoirrrrrre » et claquait violemment la porte tout en continuant par le judas à observer ce monstre d’un autre temps. Celui-ci d’un pas lourd et lent regagna son antre me délivrant d’une mort atroce et cruelle.

                        Je l’ai recroisé à deux reprises dont une dans l’ascenseur. Le géant n’arrêta pas de me dévisager tout en lançant par intermittence des « aaarrrrghhhs  isssssssss, aaarrrrghhhs isssssss » mêlés de soubresauts rendant la montée assez inquiétante et me forçant à rester coller le bras replié dans le dos, à l’opposé du monstre, le doigt sur le bouton d’appel d’urgence prêt à lancer un sos au moindre mouvement suspect tout en priant pour qu’il évite de me briser mes lunettes et pestant intérieurement à l’idée de ne pas avoir fait faire une paire de rechange…..  arrivé à l’étage je lui dis d’un voix ferme mais polie « après vous » à laquelle il répondit par une béante ouverture buccale me révélant toute l’incapacité de certains dentistes devant un champs de chicots! Depuis je n’ai pas eu le loisir de recroiser mon inquiétant voisin mais souvent lorsque je sors de chez moi j’entends au travers de sa porte d’entrée de bizarres glapissements et râles…… sans commentaire……



Beigbeder ne m’a même pas reconnu….

 Beigbeder ne m'a même pas reconnu.... dans chronique du quotidien

                        

 

 

                        Dans quel monde vivons-nous? Confortablement installé dans un moelleux fauteuil d’un cinéma du centre de Paris, rive gauche ( non je ne suis pas élitiste…snob? un peu certes…) dans lequel j’assiste tant bien que mal à la projection d’un film que je qualifierai de « SRM »( sans réflexion majeure). Mes voisines une mère de famille bon chic bon genre et son ado en déliquescence de fille. Celle-ci non contente d’être arrivée en retard, de m’avoir piétiné par toute sa « grâce » et  « légèreté » mes belles adidas et tenter d’écraser ma besace doucement posée sur le siège d’à côté se permet d’ouvrir constamment son caquet sous l’oeil attendri de sa faible mère qui ne peut que répondre avec peu de discrétion aux desiderata de sa crétine d’adolescente!!!! Bien élevé et par principe courtois je me raisonne et pense que la petite enfin comprendra l’histoire du film et se prendra naturellement à le suivre avec entrain ( je précise que même un gamin de 4 ans prenant l’histoire en cours l’assimilerai aisément). Mais la petite plus attardée que la moyenne pour son âge n’y comprends rien et redouble de questions auprès de sa pauvre mère attristée de devoir assumer ce « boulet » sorti de son ventre. N’y tenant plus au bout d’un quart d’heure de chuchotements et jérémiades je lance un grand  »chut » immédiatement relayé par la maman attristée du peu de tenue de sa progéniture. Que nenni! cinq minutes de tranquillité ( le temps qu’elle absorbe les informations reçues dans son maigre cervelet) et la revoilà tel un moulin à parole doté d’un turbo bi-soupapes revenir à la charge. Géné dans tous les sens du terme devant tant d’incompréhension, compatissant pour la pauvre mère à l’autorité quasi-inexistante j’hésite entre conseiller à la pauvre mère d’allonger une baffe magistrale(qui peut-être dangereuse car générer des piaillements inconsidérés) à sa crétine d’enfant ou de nouveau de tenter d’imposer le silence. N’étant pas violent de nature je choisis la seconde solution pensant qu’elle me semble plus appropriée et que peut-être la malheureuse enfant après le port quasi obligatoire d’un I-pod à longueur de journée n’a plus l’ensemble de ses facultés auditives. Je lance ce coup-ci un aimable mais ferme avertissement « Pourriez vous avoir enfin l’obligeance de vous taire!!!! » poli non! sur quoi la pauvre mère me réponds « mais bien sûr monsieur » .Me voilà du coup culpabilisant sur ma pseudo « dureté » mais un quart d’heure passe et la petite traumatisée de nouveau se fait entendre avec encore plus de véhémence. Sa mère au même titre que moi n’en pouvant plus ne sais plus où donner de la tête et voici que dans un désespoir ultime et conjoint nous nous allons à disserter sur le ridicule non pas de sa fille mais sur certaines scènes ubuesques du film laissant la pauvre gamine seule, livrée à elle-même et tentant d’amadouer son voisin de gauche qui lui ne semble pas déterminé, ni ravi de devoir engager le contact avec la petite sotte. La séance se termine. Je salue la mère, ignore la fille et d’un pas décidé gravi les marches de la liberté tenant la porte de sortie à mon congénère qui me suit lequel me remercie tout en me regardant. Mais c’est Frédéric Beigbeder. Celui-ci file sur le trottoir accompagné d’une jeune et belle blonde flamboyante agrippée à son bras. Qu’il est grand Beigbeder, c’est incroyable. Je ne l’aurai pas imaginé. Et dire qu’il ne m’a même pas reconnu…… frustré? sûrement plus par la « bombe scandinave » qu’il traînait que par autre chose. Comme quoi la notoriété cela a du bon!

   



Enfin je suis rentier…….

rentier                

 

 

                        Qui n’a pas rêvé d’être rentier au moins une fois dans sa vie? Chez moi c’est une obsession et j’ai invoqué des années durant La vierge Marie et tous ses saints pour que ce jour béni s’offre à moi. Eh bien croyez-moi, cela est arrivé. Point d’héritage, ni de Loterie miraculeuse mais néanmoins me voilà rentier. Je dois vous avouer quelle fut ma brève mais intense joie le jour où cela se produisit. Plus besoin de travailler, une vie d’oisif assurée, que de joie, que de joie. Enfin mon vieux désir était exaucé. Désormais je peux me réveiller à quelque heure indue de la journée, batifoler à loisir, traîner mes guêtres de rentier dans mon quartier adulé, faire mille fois le tour de la fontaine de Saint-Sulpice, m’abreuver de doux breuvages aux terrasses ensoleillées du quartier tout en regardant d’un air nonchalant mais néanmoins intéressé les belles passer…Il m’est possible de faire de violentes indigestions de « sashimi » tout en lorgnant les pâtisseries alléchantes de « Gérard Mulot »en sachant que grâce à ma carte vitale je pourrai aller me faire soigner à moindre frais tout en ayant le plaisir de converser avec mon médecin des heures durant quitte à provoquer une émeute dans sa salle d’attente! Quel égoïste je fais oui mais rentier!!!!!. Je peux aller à souhait regarder de vieux navets ou d’agréables comédies romantiques au cinéma, parfaire ma culture dans les nombreux musées parisiens et me gausser chaque matin de voir mes congénères, l’air renfrogné ou à moitié endormi gravir les marches du métropolitain ou s’engluer dans celui-ci pour rejoindre leurs lieux de désespoir, leurs lieux de travail……. Quel salaud suis-je de prendre du plaisir dans tant de malheur. Vous êtes d’accord avec moi, mon attitude vous révulse, vous révolte? Vous avez raison, je m’en veux parfois mais je suis rentier alors un peu de cynisme me re-motive. Vous allez devoir trimer toute votre pauvre vie pendant que d’affreux insouciants boborisés tel que moi ne feront que flâner, rire à gorge déployée et dormir à loisir. Irritant non!

                   Mais comme je vous l’avait précédemment précisé ma joie fut de courte durée lorsque je me rendis compte que j’étais certes rentier mais « rentier de l’État » et là croyez-moi les perspectives ne furent plus les mêmes. Adieu Sashimi, pâtisseries et courses chez Monoprix, bonjour Ed et ses rayons dénudés où devant un sachet de riz votre choix est vite fait car une seule et unique variété vous ai proposée vous évitant une dure et cruelle réflexion ce qui vous permettra de mettre toute cette énergie non consommée dans la recherche active d’un nouvel emploi. Fini de reluquer ces pauvres hères qui le matin partent gagner dignement leurs pitances et cotiser pour ces « moins que rien » dont je fais désormais partie. Me voilà moins prétentieux, limite humble en une fraction de seconde. A mon entourage qui me questionne j’hésite désormais à chaque question posée de répondre chômeur, inactif, demandeur d’emploi ou rentier de l’état! Que de joyeuses appellations flatteuses montrant à quel point les « accidentés de la vie » tel que moi peuvent être favorablement perçus par le commun des mortel en activité. Certes j’ai le temps de voir la reproduction des fourmis en milieu hostile au « jardin du luxembourg » mais plus le porte-monnaie pour me payer de délicieuses soirées au baron ou chez Lasserre alors voyez-vous j’envie votre air renfrogné, votre mine défaite, votre fatigue pesante car une fois « remis en selle » je serai comme vous à prendre le métro mais je dévalerai les marches quatre à quatre, un sourire béat aux lèvres et c’est ce qui définitivement nous différenciera……. Bien à vous



Un chien, une cible!!!!!!

            Un chien, une cible!!!!!! dans chronique satirique Les%20deux%20chiens%20et%20l%20ane%20mort                          

           

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             Imaginez un peu…. Vous vous réveillez. Il fait beau. Vous êtes de charmante humeur. Vous avez particulièrement bien dormi. A vos côtés votre amie le visage épanoui ( Eh oui, ne soyez-pas aigris) sommeille encore. Gaiement vous vous levez et tout en chantonnant, prenez votre douche avant d’avaler un copieux petit-déjeuner. Votre costume aux impeccables plis enfilé, vous voilà déjà entrain de dévaler quatre à quatre les marches de votre escalier. Le soleil brille intensément. ( c’est presque idyllique!!!!) Au moment de déboucher dans la rue vous levez les yeux au ciel pour admirer ses bienfaits. Vous ne le savez pas encore mais c’est à cet instant précis que débute votre cauchemar….. 

              Votre pied gauche se défile, vous êtes sur le point de perdre l’équilibre et ne devez votre salut qu’à la robuste épaule de votre concierge, la brave madame Ribero ( tous les personnages et les lieux de cette histoire sont fictifs et ne peuvent entraîner aucune poursuites ni suites judiciaires. Seul un infime sentiment d’agacement pourrait s’emparer de certains. Si c’est le cas consulter votre médecin! cela peut être les prémices d’une légère déprime voir plus…merci d’avance de votre compréhension. Signé: l’auteur)  qui courageusement officie dans votre immeuble depuis plus de 25 ans. Horreur! elles sont là et vous ont frappé ces maudites crottes de chien.

               Un impersceptible sentiment de colère mêlé d’impuissance s’empare de vous, prend de l’ampleur et ne tarde pas à déboucher sur une monstrueuse envie de maudire le fiéffé crétin de maître qui a impunément laissé son quadrupède de chien déféquer généreusement devant la porte d’entrée de votre résidence. Dans le même instant d’un oeil vif vous fusillez du regard la pauvre femme pestant silencieusement contre son manque de professionnalisme et tiraillé par le fait qu’insconsciemment elle vous a sauvé d’une lourde et irrémédiable chute.

               Loin de vous démonter vous avancez d’une démarche certes un brin cahotique l’air de rien vers le plus proche caniveau dans l’espoir, tel un fauve assoiffé, d’y trouver quelque eau capable de dissoudre l’immonde masse gélatineuse et caramélisée qui tel un corset enserre votre mocassin en nubuck de chez Paul Smith. Mais pas une goutte du précieux liquide ne pointe devant vous!

               D’un légendaire sang froid….tel une hyène folle en quête de nourriture vous explorez avidement les bordures, recoins et caniveaux à la recherche d’un modeste chiffon, bout de papier, ou feuille de marronnier, quelques supports possibles pour laver l’affront….C’est au bout d’une trentaine de rues, harassé par la fatigue et le soleil de plomb que vous voyez poindre à l’horizon, tapi au fond d’un modeste recoin le papier si précieux, le sésame: un vieux mouchoir usagé ayant plus l’allure d’un tableau contemporain « surréaliste » au dégradés verdâtres et pesants que de l’immaculée conception! Et vous voilà du bout des doigts, la jambe relevée en équilibre précaire (comme quoi les bipèdes et les quadrupèdes peuvent parfois étrangement se ressembler!!!) entrain de frotter rageusement la surface imbibée de votre chaussure tentant par toute l’énergie qui vous motive de décoller cet immondice, ce nid de microbes. Vous voilà l’ami des mouches! Votre mèche tombe sur votre front. Pas de problème, d’un geste assuré, vous la relevez les doigts empreints d’une flagrance ébouesque et là vous réalisez toute l’ampleur de la solitude qui s’éprend de vous. Eh oui, certes vos pieds sont soulagés, néanmoins vos narines sont attaquées. Il suffit de regarder les piétons autour de vous pour comprendre que votre eau de toilette de chez Chanel à pris des relents alguesques de grandes marées…..

           Reparti, d’un pas allégé, vous marchez la tête basse à l’affût de tout nouveau danger tout en maudissant ces sales bêtes à poils et au regard vide et niais qui vous ont causé tant de tracas. Vous les haissez désormais ces sales nains à poils drus, ras, longs, ces immondes boules aux culs loin d’être odoriférant. Du plus profond de votre âme vous les détestez, prêt tel un justicier à les éliminer un par un dans les pires souffrances possibles et inimaginables, les étrangler, les atomiser!!!! De puissantes pulsions meurtières s’emparent de vous vis à vis de ces canidés. Mais il est temps de rallier votre bureau, d’aller travailler.

          A ce moment précis votre parcours du combattant débute. Le trottoir est devenu synonyme de « champs de mines » et votre quartier prend l’allure d’un Beyrouth bombardé, d’un Bagdad miné. Les chiens ressemblent à de sordides kamikazés tenus en laisse par de dangereux maîtres idéologisés prêts à attaquer le brave innocent que vous êtes! Pas à pas, le regard rivé au sol, vous progressez. Votre front est en sueur, votre regard trouble. Au loin tel un mirage vous apercevez enfin une station de métro, bouche salvatrice qui mettra fin à vos soucis. Tel une ambassade, à l’alléchante extra-territorialité, vous vous sentez ressortissant étranger en plein conflit tentant de rallier ce petit paradis. Mais voilà qu’une soudaine averse éclate. Plus que cent mètres… la pluie tombe avec rage. Le ciel est obscur, menaçant. Des éclairs et un grondement sourd, lointain puis si proche tonne. L’orage! Le sol devient glissant, les noirâtres selles de vos ennemis se liquéfient pour mieux obstruer votre chemin. Le danger est à son comble! Vos lunettes s’embuent rendant la tâche encore plus ardue. Vous êtes trempé, désespéré, n’y voyez plus rien. La peur, l’angoisse, l’anxiété s’éprennent de vous. Seul l’imperceptible néon au dessus de la bouche de métro tel un phare pour le marin en perdition vous permets de garder l’espoir de tenir votre chemin. Vous y êtes presque et sans même avoir le temps de réaliser, la deuxième attaque survient plus sournoise, plus vile, plus meurtrière que la précédente. Vous dérapez, virevoltez pour enfin tel un vieux chêne déraciné vous fracasser à même le sol. Un sinistre canidé a déféqué devant l’entrée et s’éloigne à petits pas sûr de son immunité. Quelques jurons puis le silence se fait. Seul les clapotis de l’eau résonnent encore. Vous vous relevez péniblement les deux souliers définitivement entachés, vos pans de vestes élimés. Là trop c’est trop! Vous allez lui faire bouffer à la Bardot les déjections de ces wc empoilés qu’elle affectionne tant, elle, leur grande prêtresse. le coeur plein de haine vous dévalez les marches de l’escalier. A peine assis dans une providentielle rame vous ouvrez sous l’oeil dégoûté de vos congénères votre magazine préféré qui au vu de ses nombreuses publicités pour la race canine devient vite une torture psychologique! C’est dit vous ne renouvellerez pas votre abonnement l’année prochaine. Le téléphone à l’oreille, le regard sur votre montre qui pointe un exagéré retard, vous voilà entrain de persuader votre responsable, un pince sans rire propriétaire d’un de ces gremlins nommé roquette, de votre légitimité fondée! Six stations plus loin vous voilà entrain de raser les murs pour enfin pénétrer dans l’immeuble qui abrite votre sacro-saint bureau.

                  Le sourire crispé, les godillots entachés vous tentez de vous donner bonne allure mais une seule obsession vous tanne, les toilettes! rallier ce lieu le plus vite possible en croisant le moins de monde et par le chemin le plus court. Tout en trépignant devant l’ascenseur, vous rêvez à de beaux robinets, de moelleuses serviettes en papier et doux savons aux effluves orangées. Vous voilà enfin dans la cage dorée au miroirs étincelants lorsque surgit à la fermeture des portes, la belle blonde du service comptabilité que vous reluquez depuis des lustres sans jamais oser l’aborder pris d’un mélange de culpabilité Judéo-Chrétienne mêlée à l’angoisse de vous faire dénoncer à votre charmante et fidèle épouse! L’air faussement viril et décontracté vous lui adressez un salut suave accompagné d’un regard transperçant, voire érotico-bestial. Vous vous attendez en retour, certain de votre pouvoir inné d’attraction, à un regard de braise agrémenté d’un bonjour torride mais c’est une voix sèche et glaciale qui vient transpercer vos tympans à la vitesse de la lumière. Un bonjour dégoûté, horrifié entreprends la valse de vos oreilles vous ramenant à de cruelles réalités. C’est certain que le mélange de son eau de parfum de chez Annick Goutal avec vos relents égoutesques n’est pas du meilleur goût. L’espace exiguë et mal aéré ne vous aide pas non plus. Vos rêves et désirs s’écroulent. Des années d’approches réduites à néant en un instant. Les Dieux décidément vous ont abandonnés! La cage d’ascenseur se met à stopper brutalement, l’électricité faiblit, vous voilà bloqués. D’une Instantanée réaction instinctivo-spontanée vous réalisez immédiatement que la situation risque de s’aggraver. C’est alors avec un regard monastique, voire ermital que vous vous retournez tant bien que mal vers la blonde pour engager d’un air faussement tranquillisé une pseudo conversation n’ayant comme ultime but que de rassurer votre ego tant écorné et tenter de retourner la situation à votre avantage. Fin et délicat comme vous savez l’être, vous voilà entrain de conter frénétiquement vos pérégrinations matinales, votre dérapage sur les restes d’un dîner Yorkshirisé diarrhéique, insistant sur le fait avéré que les chiens sont bêtes et crasseux et que leurs maîtres sont à leur image. Votre regard bêtement satisfait et soulagé croise celui de la belle qui injuriée lui réponds que son chien est propre, qu’il ne défèque pas n’importe où etc… et qu’un individu aussi vil que vous n’a aucun coeur pour ces pauvres et charmantes petites créatures et par la même ne peut ressentir non plus d’amour et de respect pour le genre humain…. Là vous voilà décapité. Le seul infime espoir de l’attirer fond comme neige au soleil. Elle fait partie de la « fratrie » vous voilà au coeur d’un complot. Incroyable ils sont partout et prennent même l’apparence de « blondes enflammées ». Vous êtes assommé. Courageux et tout sauf lâche…. vous vous excusez auprès d’elle, le regard droit dans son généreux décolleté, nostalgique d’un poitrine abondante que jamais vous vous en doutez vous goûterez! Vous refrénez au mieux vos milliards de micro-pulsions sexuelles. L’air de rien ce qui chez vous n’est pas forcément aisé, vous tentez naturellement de lui glisser sous de faux prétextes vos coordonnées. Peine perdue, la ravissante est définitivement froissée et décline même votre soudaine idée d’aller promener son microscopique quadrupède. Le courant revient enfin mais pas entre vous et arrivé à l’étage tant envié vous voilà prêt tel un sprinter à rallier à vitesse grand v les toilettes du palier. Enfin parvenu à l’endroit tant désiré vous faites une toilette vous rendant plus ou moins bonne allure et votre journée, hormis les remontrances de votre supérieur, vous semble d’une totale quiétude.

                     Le soir venu, vous vous décidez à rentrer dans votre doux et paisible foyer et vous voilà parti gaillardement sur le chemin du retour scrutant scrupuleusement la moindre forme suspecte cinquante mètres au devant… vous recroisez votre concierge qui en guise de bonsoir vous hurle dans un langage des plus fleuri de vous essuyez les pieds sur le paillasson de l’entrée puis gravissez allégrement les marches de la cage d’escalier lorsque votre ascension se trouve brutalement bloquée entre le deuxième et troisième étage par la vieille sénile du septième et son idiot de caniche qui s’évertue marche après marche à la vitesse d’un escargot de rejoindre son appartement. A raison d’un marche par minute vous en avez pour la nuit, pire qu’un départ de la capitale au pont du quinze août, bouchons et pauses comprises!!!! Le saucisson à quatre pattes n’arrêtes pas de grogner vous toisant du haut de ses trente centimètres au garrot et la vieille de s’excuser non pas de vous bloquer mais de ne pas pouvoir taire les grognements de son dégénéré de chien. Profitant d’un virage serré cumulé à un moment d’inattention de la maîtresse, vous saisissez rageusement la petite boule empoilée, croisant au passage son regard hébété, presque sans vie ( le pauvre sait que ses secondes sont comptées) et le projetez violemment sur le mur du palier précédent. Un gémissement saccadé succède au bruit sec de l’impact du canidé. L’Aieulle surprise se retourne, jette un regard horrifié sur la scène du crime et se prenant le pied dans le tapis, trébuche et rejoint à son tour son chien dans l’au delà. Inerte, la pression descendante, vos maigres neurones s’entrechoquent vivement dans l’idée de tenter un brin d’analyser la situation. Fuir, prévenir? Courageux comme vous l’êtes vous décidez l’air de rien de déguerpir pour rejoindre votre femme trois étages plus haut. Devant votre porte d’entrée vous remettez un peu d’ordre, recentrez votre cravate puis comme si de rien n’était entrez chez vous, embrassant votre femme pour enfin mettre les pieds sous la table et déguster une fabuleuse terrine maison sous le regard langoureux de votre moitié normalement peu encline à tant de petits soins. Étrange, bizarre! Enfin le ventre plein, remis de vos émotions, affalé dans votre canapé, celle-ci vous annonce fièrement qu’elle vient de vous offrir un tout petit mignon fox terrier.

Quelle vie de chien……   

                         

Bien à vous,

Saint-Sulpice                



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