Adel Abdessemed 20 mars

Crédit Photo: © Adel Abdessemed
Les Français, notamment les Grenoblois, n’aimeraient-ils pas les animaux ? Il y a un an, ces derniers ont regardé sans broncher un cochon, une chèvre, une brebis, un faon, une vache et un cheval se faire estourbir à coups de masse. L’animal est entravé le long d’un mur, le marteau le frappe, il tombe. Et cela recommence, encore, et encore, en boucle, avec pour seule musique le son sourd du métal qui défonce le crâne.

Crédit Photo: © Adel Abdessemed
Ces six vidéos sont l’oeuvre de l’artiste français Adel Abdessemed, né en Algérie en 1971. Si son exposition n’a suscité aucune polémique à Grenoble, il n’en a pas été de même sous d’autres cieux. A San Francisco, le prestigieux Art Institute a annulé son exposition quelques jours après son inauguration, le 20 mars 2008, à la suite de protestations de mouvements de défense des animaux, et surtout d’une association de végétariens. Au printemps, le Festival international d’art contemporain de Glasgow a également refusé d’installer l’oeuvre incriminée.

Crédit Photo: © Adel Abdessemed
En revanche, elle est aujourd’hui visible à Turin, à la Fondation Sandretto Re Rebaudengo. Mais pas sans mal : des associations écologistes italiennes se sont émues de la chose. « Elles ont été prévenues, je pense, par leurs homologues américaines », dit Patrizia Sandretto Re Rebaudengo, la fondatrice de cette institution qui est l’une des plus dynamiques de la Péninsule en matière d’art contemporain. « Nous les avons reçues, nous leur avons expliqué le travail, nous leur avons montré la vidéo. Leur réaction a été très négative. » Un doux euphémisme. La responsable de la presse à la fondation, Helen Weawer, est encore sous le choc après la réflexion d’un des écologistes : « Il a dit qu’il préférait voir six femmes violées que six animaux abattus… »
Les associations ont donc porté plainte auprès d’un procureur piémontais, soutenues par Domenico Mangone, le conseiller pour l’environnement de Turin, qui a déclaré au New York Times : « Montrer de telles choses est inopportun. Ces images pourraient inciter les personnes à les imiter. » L’argument n’est pas sans pertinence, au regard de la loi locale. S’il existe évidemment des abattoirs à Turin, il est interdit d’en diffuser des images ! De plus, l’abattage sauvage, hors des lieux spécifiquement dédiés et sous contrôle vétérinaire, est, comme en France, réprimé.

Crédit Photo: © Adel Abdessemed
L’avocat de la fondation est donc parti à la chasse aux preuves : les bêtes ont été tuées dans une ferme du Mexique, où la pratique est légale et quotidienne. Factures à l’appui, il a pu le démontrer au procureur. Lequel en a vu d’autres : dans sa jeunesse, il était chargé des procès intentés aux Brigades rouges, avant de diriger la lutte antimafia à Palerme. Il a donc autorisé l’ouverture de l’exposition, qui a été inaugurée le 5 mars, au lieu du 11 février comme initialement prévu. Et dimanche 15 mars, Jack Lang est venu, au nom de la République française, remettre la médaille de chevalier des arts et des lettres à Patrizia Sandretto Re Rebaudengo.
Est-ce à dire que notre pays encourage la cruauté envers les pauvres bêtes ? En fait, l’honneur rendu récompensait un engagement réel, et ancien, de la mécène envers l’art contemporain. Il tombait d’autant plus juste que la fondation met en lumière, malgré la polémique actuelle, un des meilleurs artistes français actuels.
Crédit Photo: © Adel Abdessemed
A 37 ans, Adel Abdessemed est un des artistes les plus controversés du moment. L’un des plus aimés de certains grands collectionneurs aussi. François Pinault lui a réservé une large place dans l’exposition que la ville de Lille a présentée de sa collection, d’octobre à décembre 2007. PS1, l’annexe contemporaine du Museum of Modern Art de New York, lui a fait l’honneur d’une exposition personnelle. Il a aussi intégré une des plus prestigieuses galeries de Manhattan, David Zwirner, s’est installé aux Etats-Unis et travaille ponctuellement avec le linguiste Noam Chomsky au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston.

Crédit Photo: © Adel Abdessemed
Un rêve pour ce garçon né à Constantine dans une famille modeste. Un rêve aussi pour le milieu de l’art contemporain français qui n’avait pas eu un tel héraut depuis longtemps. En tuant des animaux ? En livrant au public des scènes d’horreur ? En tout cas en nous faisant réfléchir sur ce qu’est l’horreur. Abdessemed l’a connue très jeune. « Je suis d’une génération de crimes », disait-il au Monde en 2008. Il a quitté son pays, en 1994, après l’assassinat par le Groupe islamique armé (GIA) d’Ahmed Asselah, le directeur de l’Ecole des beaux-arts d’Alger. Ce jour-là, le fils d’Asselah, qui assistait au cours que donnait son père, a tenté de s’interposer. Il a été tué lui aussi. « L’époque était très sombre », commente Abdessemed. « Il n’y avait pas de lumière. Et je pense que, jusqu’à maintenant, je suis un désespéré. »
Mais pas un hypocrite, contrairement à ceux qui tolèrent les abattoirs mais interdisent qu’on les photographie. La force de son travail, c’est de nous placer devant nos contradictions. La vidéo par laquelle le scandale arrive s’intitule Don’t Trust Me (« Ne me fais pas confiance »). L’animal est étrangement calme durant les secondes qui précèdent son sacrifice. Les écrans, posés au sol, placent aussi le spectateur dans la position de l’équarrisseur, qui surplombe sa victime.
Crédit Photo: © Adel Abdessemed
Le New York Times fait aussi état d’une action d’éclat des écologistes italiens qui ont attaqué une réserve ornithologique, au mois de février, à coups de cocktails Molotov. Patrizia Sandretto Re Rebaudengo confirme, en ajoutant : « Ils ne se sont pas demandé s’il y avait des gens dedans avant d’incendier les bâtiments. »
Usine, une autre vidéo, tout aussi scandaleuse et bien plus perturbante, d’Adel Abdessemed, peut renforcer le propos : dans une arène sablonneuse (toujours tournée au Mexique), des crotales, des scorpions, des tarentules, des rats. On s’attend à un massacre général. Non : les animaux roupillent au soleil. Arrivent des coqs : les serpents vont-ils les bouffer tout crus ? Non plus, ce sont les gallinacés qui s’étripent, qui s’épiaulent, qui s’entre-tuent. Puis trois chiens, de la même espèce : deux vont se liguer pour tenter d’égorger le troisième. Moralité ? Plus les animaux sont domestiques, plus ils sont proches des hommes, pires ils sont.
Il n’y a pas que les écologistes qui peuvent se plaindre d’Abdessemed. Les émeutiers de nos banlieues pourraient lui en vouloir aussi. Eux qui s’échinent à brûler les voitures de leurs voisins aussi pauvres qu’eux : Abdessemed a fait reproduire une carcasse calcinée en terre cuite, immédiatement vendue à un grand collectionneur. Joie des paradoxes.
Et, comme cet homme a une connaissance approfondie de l’histoire de l’art, il a aussi réactivé dans une photographie la vieille tradition iconographique du peintre représenté en singe. Sauf que le primate n’est pas dans l’atelier, face au chevalet, mais au bras de Julie, l’épouse de l’artiste, à qui il passe la bague au doigt. Un regard sans concession sur l’image que peuvent renvoyer certains Européens à un Berbère émigré, heureux mari et père de famille comblé. Curieusement, les écologistes italiens n’ont pas tiqué.
Bien à vous,
Saint-Sulpice






lucaerne 20 mars
Je me pose juste la question de l’intérêt d’une telle démarche. Nous mettre devant l’horreur de certaines réalités. Nous en avons vu bien d’autres, sans broncher pour autant.
saintsulpice 20 mars
Va savoir……
june 3 janvier
??? de l’art ??? ce serait si facile…
catherine greyl 15 janvier
c’est là un parcours typique d’un algérien arabe et non pas berbere comme prétendument cité….sanguinaire envers les animaux!çà ne changera jamais… adel a commencé par les beaux arts regionale de Batna dans les Aurès et les années sanglantes n’ont pas fais fuir les artistes! ce ne fut qu’un prétexte…et la France a été berné!
leborgne 17 février
Mais qu’est-ce que c’est que ce fou ? La douleur est bien assez présente autour de nous pour ne pas provoquer de situation écoeurante et injuste…
Il suffit de simplement de montrer ce qui se passe dans la réalité (pourquoi pas dans les abbatoirs par exemple) pour faire réfléchir les foules. Tant de photographes ont réussi à faire des photos atroces pour ce même but, avec bien entendu un côté artistique très prononcé. Mais là ? Rien, rien d’autre qu’un malade qui essaye de gagner sa vie en tuant inutilement et inhumainement des animaux
saintsulpice 17 février
Bonsoir Leborgne
Force est de reconnaître qu’il ne laisse pas le public indifférent!
Cordialement,
Saint-Sulpice
Camille 10 mai
C’est bien lui que je prendrai à coup de marteau, on a parlé d’hitler pour son crime envers l’humanité, mais ce mec là est autant un connard que l’autre moustachu, certes il fait réagir, mais il peut très bien allez photographier ce que les japonnais font aux requins ou autres. C’est répugniant, et je souhaite qu’il y est une justice, au moins divine, pour qu’il soit puni cet idiot
Anonyme 17 juin
Du grand n’importe quoi.
Il suffit de dire que c’est de l’art, et ça passe, tel une lettre à la poste?
Y a t-il eu une justice? A t-il eu une peine?
enkeli 2 juillet
il faudrait savoir si il a photographié ce qui se passe quotidiennement ,ou bien si les animaux ont été tués pour ses photos
ceci dit la photo du cheval et des sangliers n’ont pas ^ été prises au Mexique mais en France certainement Paris
Photographier et filmer pour denoncer la violence oui ,pour du soi disant art Non
atha 10 novembre
Je reste perplexe. Comment cet homme peut encore continuer son pseudo « art » qui n’en ai pas un dailleurs… il existe une marge entre un artiste et un sociaupathe! je vous encourage à prévenir les associations de défense animal afin que cet homme soit enfin punis par la lois.