Le petit Nicolas – L’Inédit

Le petit Nicolas - L'Inédit

 

 

 Le 5 Mars 2009 paraîtra un nouveau recueil d’histoires du héros de Goscinny, illustrés par Sempé. Voici en avant-première « le pull-over », l’un des textes retrouvés par Anne Goscinny dans les cartons de son père:

 

 

Ce matin, quand maman est venue me réveiller, elle m’a dit :

- Lève-toi vite, Nicolas, j’ai une surprise pour toi.

- Une petite auto ? j’ai demandé. Un wagon de marchandises pour mon train ? Un stylo ? Un ballon de rugby ?

- Non, m’a dit maman. Un pull-over.

Alors là, j’ai été déçu, parce que les choses pour s’habiller, c’est pas des vraies surprises, mais comme je ne voulais pas faire de la peine à maman, je n’ai rien dit, je me suis levé, je suis allé faire ma toilette, et quand je suis revenu dans ma chambre, maman m’a montré le pull-over, qui était bleu clair, avec trois canards jaunes, l’un au-dessus de l’autre, et je me suis mis à pleurer.

- Qu’est-ce qui te prend ? m’a demandé maman.

- Je veux pas le mettre, j’ai dit. Tous les copains vont se moquer de moi, à l’école !

Alors, ça a été terrible ! Maman s’est drôlement fâchée, elle a dit que j’étais un ingrat, qu’elle avait couru les magasins et qu’elle avait eu du mal à me trouver un beau pull-over comme ça, qu’il était très bien ce pull-over, que je n’y connaissais rien et que je m’habille sans faire d’histoires.

- C’est un pull-over de bébé ! j’ai crié.

- Tu veux une fessée ? m’a demandé maman.

Alors comme j’ai vu que ce n’était pas le moment de rigoler, j’ai mis mon pull-over et je suis descendu avec maman dans la salle à manger, où papa était déjà en train de prendre son café.

- La journée commence bien, a dit papa. Je vous ai entendu crier. Que se passe-t-il ?

- Il se passe que Monsieur Nicolas n’aime pas le nouveau pull-over que je lui ai acheté, a dit maman.

Papa a regardé mon pull-over, il a ouvert des yeux étonnés, il a rigolé, et puis il a dit à maman :

- Où est-ce que tu as trouvé ça ?

© IMAV éditions/Goscinny-Sempé
© IMAV éditions/Goscinny-Sempé

 

- Chez Barbenbloc, a dit maman sans rigoler. Pourquoi, il ne te plaît pas ?

- Non, non, c’est pas ça, a dit papa. Mais… tu ne crois pas que le petit est un peu grand pour porter ce… ces canards ?

- Peut-être que Monsieur Nicolas devrait porter un gilet avec une chaîne de montre ? a dit maman, et elle a fait pfff par le nez.

- Oh oui ! Oh oui ! j’ai dit.

- Nicolas, tais-toi ! a crié maman. En voilà assez ! Prends ton café, il va être l’heure d’aller à l’école.

- J’irai pas à l’école avec ce pull-over ! j’ai crié. Je veux un gilet. Alors papa a donné un coup de poing sur la table.

- Nicolas ! a crié papa. Tu me feras le plaisir de parler sur un autre ton à ta mère ! Et quand elle t’offre quelque chose, tu dois lui dire merci, et être très fier de le porter.

- Et alors toi, j’ai pleuré, pourquoi tu ne portes jamais la cravate que maman t’a donnée ?

- La cravate ? a dit papa. La cravate ? Qu’est-ce que la cravate vient faire là-dedans ?

- Oui, c’est vrai ça, a dit maman. Tu ne la portes pas souvent, la cravate. Je l’avais achetée chez Barbenbloc. Elle ne te plaît pas, la cravate ?

- Mais si ! Mais si ! a dit papa. Mais c’est une cravate habillée, je ne veux pas la salir, et puis aussi, elle est un peu gaie pour le bureau, et puis… Nicolas ! Ça suffit comme ça ! Mouche-toi, bois ton café, et dépêche-toi, tu vas être en retard !

Nous sommes sortis ensemble de la maison, papa et moi, et sur le trottoir, avant de nous séparer, papa m’a dit :

- Tu sais, mon Nicolas, les femmes n’ont pas toujours le même goût que nous, en ce qui concerne nos vêtements. Ça ne veut pas dire qu’elles aient tort, mais enfin, il faut se faire une raison, et surtout ne jamais faire de peine à maman… Alors, va à l’école, travaille bien, sois sage… et courage !

En marchant vers l’école, j’étais bien embêté, parce que je savais que les copains allaient se moquer de moi en voyant mes canards. Même en boutonnant bien mon veston jusqu’en haut, on voyait le canard du dessus qui rigolait, mais après tout, si les copains disent quelque chose, moi je leur donnerai des baffes, c’est vrai, quoi, à la fin, non mais sans blague, et je suis entré dans la cour de l’école avec une grosse boule dans la gorge.

Les copains étaient en train de jouer aux billes, et Alceste s’est retourné quand je suis arrivé.

- Tu joues ? il m’a demandé.

- Non, j’ai dit. Et puis laissez-moi tranquille !

- Ben qu’est-ce que tu as ? m’a demandé Eudes.

- Et si mon pull ne vous plaît pas, je peux vous donner des tas de baffes, j’ai dit.

- Oh ! a crié Geoffroy. Un canard ! Nicolas a un canard !

© IMAV éditions/Goscinny-Sempé
© IMAV éditions/Goscinny-Sempé

 

Et puis Geoffroy s’est mis à courir, avec les jambes écartées, en agitant les bras, et en se retournant vers moi pour crier : «Coin coin ! Coin coin !» Et puis il s’est cogné contre le Bouillon, qui est notre surveillant et qui n’aime pas qu’on se cogne contre lui.

- Eh bien ! a dit le Bouillon. Vous devenez fou, mon ami ? Vous voulez que je vous mette au piquet pour vous apprendre à faire le pitre ? Hmm ?

Et le Bouillon est parti en remuant la tête, et les copains se sont mis autour de moi.

- Hé ! Fais-les voir, tes canards ! a dit Joachim.

Alors je me suis jeté sur Joachim et j’allais me battre avec lui, quand Clotaire a crié : «Attention ! le Bouillon !»

- Vous étiez en train de vous battre ici ? a demandé le Bouillon. Regardez-moi bien dans les yeux ! Hmm ?… Ouais, bon ! Vous me paraissez tous bien excités, ce matin ! Que je ne vous y reprenne plus, mauvaise graine !

Quand le Bouillon est reparti, moi j’ai dit aux copains qu’ils étaient des imbéciles, qu’ils m’avaient l’air bien excités ce matin, que je ne leur parlais plus, et qu’ils rigoleraient moins quand je viendrai à l’école avec le gilet et la chaîne de montre que mes parents m’avaient promis, mais eux – ce qu’ils sont bêtes – ils continuaient à faire «Coin coin» et à marcher avec les jambes écartées, et j’allais commencer à leur donner des claques, quand le Bouillon a sonné la cloche de la rentrée, et je suis allé me mettre en file, drôlement furieux.

En classe, la maîtresse a commencé à nous expliquer la leçon de grammaire, et puis j’ai entendu derrière moi Geoffroy qui tout doucement faisait «Coin coin». Alors, j’ai donné un coup de pied à Alceste qui est assis à côté de moi et qui rigolait, et Alceste a laissé tomber sa brioche qu’il était en train de manger, et il a crié :

- Tu commences à nous embêter avec tes canards !

Alors la maîtresse a donné des tas de coups de règle sur son bureau, elle a crié que nous nous conduisions comme des petits sauvages, qu’elle en avait assez, qu’elle allait drôlement nous mater, qu’elle m’avait vu donner un coup de pied à mon camarade, et qu’est-ce que cela voulait dire, et je me suis mis à pleurer, et la maîtresse m’a dit que ce n’était pas une réponse, et Agnan a levé le doigt, et la maîtresse lui a demandé ce qu’il voulait, et Agnan lui a dit :

- C’est à cause de son pull-over, Mademoiselle. Ils se moquent de son pull-over parce qu’il y a des canards dessus.

La maîtresse a ouvert des yeux tout ronds, et puis elle m’a dit de me lever et d’aller à son pupitre. J’y suis allé en pleurant, la maîtresse m’a regardé, et puis elle m’a dit :

- Mais il est très joli, ce pull-over ! Très élégant ! Tu en as de la chance d’avoir des parents qui t’achètent de belles affaires comme ça ! N’écoute pas tes camarades, Nicolas ! Ils sont jaloux, tout simplement ! Tu vois, je ne vais même pas les punir, ils n’en valent pas la peine. Allons, ne pleure plus, tu es très mignon comme ça. Et la maîtresse m’a passé la main dans les cheveux, elle m’a donné une petite tape sur la joue, elle s’est essuyé la main, elle m’a dit de me moucher, d’aller m’asseoir, et elle a appelé Clotaire au tableau.

Et ce soir, maman et moi on a été drôlement fiers, quand la maman de Geoffroy a téléphoné à maman pour lui demander où elle avait acheté mon pull-over.

© IMAV éditions/Goscinny-Sempé

 

Bonne lecture,

Saint-Sulpice

  


4 commentaires

  1. lucaerne 5 mars

    Ce serait un monde merveilleux quoi ? Où les pulls auraient de jolis canards, où les maîtresses seraient drôlement futées et gentilles et où les histoires se finiraient bien…

  2. saintsulpice 5 mars

    Il suffit de l’imaginer….pour le vivre!

  3. lucaerne 8 mars

    D’accord… Je vais essayer de me trouver un pull à canards… C’est pas gagné quand même !

  4. saintsulpice 8 mars

    Vais fouiller aux puces pour t’aider :P ( C’est à un quart d’heure à pied de chez moi, cool!!!)

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