Abildgaard – Louvre

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Sacré zèbre qu’Abildgaard ! De son prénom Nicolaï Abraham. Peintre, architecte, dessinateur et décorateur danois né en 1743, mort en 1809. Un père érudit, autodidacte, chargé de dresser des relevés des monuments antiques de son pays, et pauvre. Débute comme peintre en bâtiment. Entre à l’Académie royale des beaux-arts, à Copenhague.

 

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Traditionnel voyage d’études à Rome en vue du concours. Médaille, maigre bourse. Séjour à Paris. Peintre de cour puis de la maison royale danoise. Finit, mystérieusement disgracié, comme membre de la direction de l’Académie. Sa vie et son oeuvre ne prennent que dix lignes dans l’Encyclopédie de l’art.

 

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Pas parce qu’il fut mauvais mais parce que son grand oeuvre, la décoration du premier château de Christiansborg, est quasiment toute partie en fumée lors du grand incendie de 1794.

 

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Heureusement, ses toiles et ses dessins visibles à partir d’aujourd’hui au Louvre en disent beaucoup plus. La découverte de ces quelque quarante pièces qui tiennent toute dans la petite salle de la Chapelle suscite de prime abord un grand éclat de rire. En effet, que voyons-nous ? Passé quelques nus académiques habiles quoique de facture bien moins virtuose que ceux, par exemple, d’un François-Xavier Fabre, son contemporain en Italie, voici un athlète tétant une vache (Auhumla allaitant le géant Ymir).

 

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Suivent une Europe en tenue d’Ève poussant un roupillon à côté d’un ours qu’elle vient d’abattre d’un coup de massue (La Nature hostile et sauvage) ; une autre Europe, habillée cette fois mais tout aussi endormie alors qu’on se bat furieusement à deux pas d’elle (Au temps des croisades) ; une Minerve coiffée d’un casque pour hydrocéphale ; un Frédéric V en Apollon ressemblant étrangement à Serge Gainsbourg jeune… Et ce cortège d’extravagances continue. Hamlet en justaucorps très serre-fesses, barde gaélique aussi aveugle qu’Homère, Socrate et ses démons, chiens aux yeux fous (Abildgaard les adorait, dit-on, au point de sculpter leurs tombes), homme rêvant d’un taureau, promeneur guidé par une main, utopies et mascarades…

 

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Les surréalistes ont-ils vu Abildgaard ? Non affirme Élisabeth Foucart-Walter, conservateur en chef au département des Peintures, avec une pointe de regret. De fait, son Cauchemar – un troll aux yeux de braise, aux oreilles et à la queue pointues, assis sur deux femmes endormies – aurait fait les délices d’André Breton et aisément décoré le bureau du docteur Freud. Cette oeuvre d’un onirisme débridé s’impose comme le digne pendant de celle, beaucoup plus connue, de son ami suisse, le maître présymboliste Johann Henrich Füssli.

 

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Alors au rire succède ce sentiment très freudien d’inquiétante étrangeté. Le sourire moqueur du dilettante face à ce qui apparaît faussement comme un travail kitsch se termine en grimace anxieuse. Car le néoclassicisme d’Abildgaard n’est ni superficiel ni mièvre. Il mêle avec profondeur mythes gréco-romains et nordiques, Shakespeare et Ossian, la caricature populaire et l’allégorie savante. Certes, techniquement, ce n’est ni Poussin ni David et ce peintre de grand genre a des naïvetés. Mais sa liberté, il la doit à son érudition (il a lu Shakespeare avant qu’il soit joué dans son pays, celui d’Hamlet) ainsi qu’à un caractère fort.

 

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Politiquement, bien que peintre installé, Abildgaard crut à la Révolution française et Napoléon le déçut. Au royaume du Danemark, Christian VII n’était assis sur le trône qu’en théorie. C’était un pauvre homme, totalement schizophrène qui finit par sombrer dans une stupeur mentale totale, avec de fréquentes crises hallucinatoires. Gouvernait alors en sous-main son médecin, un homme des Lumières. Est-ce ce contexte qui se reflète dans la peinture d’Abildgaard et la rend si particulière ? On peut le croire.

 

Bien à vous,

Saint-Sulpice

 

Jusqu’au 9 février 2009 au Louvre, aile Sully, salle de la Chapelle – Tél: 01.40.20.53.17 et www.louvre.fr Puis du 6 mars au 14 juin 2009 au Kunsthalle de Hambourg et du 29 août au 3 janvier 2010 au Statens Kunst Museum de Copenhague dans une version complétée. Catalogue Louvre/Gallimard, 160 p., 29 eur .



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