Lettre d’une condamnée

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Mon ami,

Je sens au travers du billet que vous m’avez remis toute votre odeur, votre sueur. Je me souviens de nos moments passés, de votre visage, de vos mains si douces, si fines qui parcouraient mon corps. Je ne peux qu’effleurer ce doux mot pour en humer tout votre être. La fin est proche et je ne sais quoi vous dire si ce n’est merci pour tout ce bonheur que vous m’avez apporté. Ici le temps n’est plus, la lumière se réduit à un maigre rai. Demain quand cette lettre vous parviendra, je ne serais plus, physiquement mais toute mon âme vous sera à jamais dévolue. Si vous saviez combien je suis malheureuse, combien tout votre être m’attire. On vient de m’apporter mon dernier souper mais je n’ai faim que de vous, mon ami. J’eusse tant aimé simplement vous serrer dans mes bras et me sentir en sécurité dans les vôtres. J’eusse tellement apprécié sentir sur mes lèvres votre bouche si suave, si épicée, si….

Les murs de ma geôle suintent. Comme moi ils pleurent ce moment irrévocable qui s’annonce, ils regrettent toute votre gentillesse, votre serviabilité, votre allant, votre candeur, votre générosité; Je vous regrette mon amour. La nuit vient de poindre et l’obscurité s’éprend de moi comme je me suis éprise de vous. J’ai beau maintenir une dérisoire flamme sur cette maudite et branlante bougie que l’on m’a confié, seule la vôtre a pu me motiver. J’ai beaucoup de mal à imaginer que d’ici peu je ne serai plus, que vous serez mon ami éloigné à jamais de moi. penserais-je encore? Aurais-je encore votre visage en mémoire? Où serais-je? Auprès de Dieu? J’ai peur de l’importuner, de me sentir à l’étroit. Dire qu’il accueille tous mes contemporains, que l’endroit doit être vaste! Une vallée peut-être…Existe-t’il seulement? m’a-t’il abandonné?

 

 Des fois je le hais! Il vous a mis sur mon chemin, je suis tombée éperdument amoureuse de vous et maintenant je souffre. Ais-je peur de mourir? Sûrement mais avant tout j’enrage que vous ne soyez pas à mes côtés. J’ai eu beau supplier le Comte de Peaufinac mais celui-ci est resté de marbre, pas celui de Carrare mais plutôt rouge sang. Son attitude m’a outragée. Quel toupet, me refuser mes derniers instants en votre compagnie!

 

Mon gardien est un ancien contremaître que j’ai pourtant traité avec dignité. Il n’empêche qu’aujourd’hui il ne me traite pas décemment, selon mon rang. Vous voulez refaire le monde, nous remplacer, mon amour. Quelle stupidité. Nous sommes issus du même milieu, partagions la même éducation. Nos parents étaient nobles tous les deux et notre vie assurée. Je vous est tant aimé et vous apprécie et vous estime encore plus que tout mais suis navrée de voir que vos intérêts politiques priment sur  notre amour. Combien des nôtres ont déjà sacrifié leur vie pour le seul motif qu’ils faisaient parti de la noblesse ou du clergé. Mes gens, sachez mon ami, que je les ai toujours traité avec déférence. Je les ai toujours bien choyé, en permanence respectés et voilà comment ils me remercient mais je leur pardonne comme Jésus a pardonné. Nous ne sommes pas du même monde tout simplement, vous si!

 

Mes mains sont moites, ma plume hésitante et tremblante. Je me remémore notre rencontre chez le Marquis de Malignac. Vous étiez radieux mon amour. Dès que je vous ai entr’aperçu mon corps s’est mis à frémir, de plaisir. Que cette révolution est odieuse! Je ne suis pas Sibylle mais j’ai cette intime conviction que ce carnage ne changera rien. Nous sommes sans prétention aucune l’émanation de Dieu sur terre. Notre Roi était la représentation Divine terrestre, l’émissaire des Cieux. Aujourd’hui mon ami vous m’avez trahie mais je n’arrive pas à vous en vouloir. Sans vous je serai déjà depuis longtemps à Bruges, en toute tranquillité parmi les miens. Vous avez osé vendre, je sais le mot vous semble fort mais pourtant…., me vendre à l’ennemi et vous avez vendu votre âme à celui-ci. Et pourtant que ne donnerais-je en plus de ma vie pour vous reconquérir, vous retrouver, vous aimer toujours et encore.

 

Ma bougie s’essouffle. L’air est humide. La pénombre me glace. Je suis seule bientôt livrée à mon bourreau et celui-ci, mon ami, quelque part c’est vous. L’encre est encore en bonne quantité mais le temps passe et j’ai peur de ne pouvoir terminer ce billet comme je le voudrais. Vous sommeillez à cette heure et moi j’angoisse à l’idée de ne plus vous voir, d’être séparée de vous malgré la félonie dont j’ai été l’objet. Transmettez en plus de la lettre que je lui ai fait parvenir toute mon estime et mes remerciements à mon père. Je vous en supplie, mon ami, épargnez-le, protégez-le. Il est bon et n’a jamais fait de tort à autrui. Sa vie est elle-aussi bien entamée alors ne meurtrissez pas toute une famille, laissez-le en paix, je vous prie. 

 

Je ne suis pas fatiguée. J’observe tous mes mouvements, mes pensées. Quels seront mes derniers gestes? J’ai froid: Réchauffez-moi…Vous me manquez! J’ai envie à cet instant de pleurer mais je sens mes larmes précieuses et ne veut vous les révéler. L’eau est croupie, comme ma vie désormais. La lune est pleine, mon coeur aussi. Caroline, ma servante vous porteras ce billet quand je ne serai plus, je vous en supplie, prenez-la à votre service. Certes elle est simple mais si pure! Dites à mon père combien je l’aime, je l’apprécie. Allez après ma mort entretenir le caveau de famille. N’oubliez-pas ma très chère mère sans qui je ne serai pas, bien que sous peu, à mon tour, je ne serai plus. En réalité, Hugo, permettez-moi à l’aube de ma mort, de vous nommer avec tant de familiarité, permettez-moi de vous signifier combien en réalité je suis terrifiée. terrifiée à l’idée de ne plus vous voir, de ne plus me réjouir d’un lever de soleil, de mon fils, Frédéric-Charles, qui gaiement, court dans le parc, de ne plus sentir la rosée du matin, de ne plus recevoir de gouttes de pluies sur mon ombrelle, de ne plus voir, de ne plus sentir, de ne plus toucher, de ne plus aimer, de ne plus être!

 

Il est temps de vous quitter, le jour se lève et ma fin est proche. Je suis heureuse que nous soyons au printemps. C’est la saison de la renaissance. Moi aussi, j’en suis certaine, je vais recommencer une autre existence et vous me rejoindrez car nous sommes à jamais liés que cela vous plaise ou non! Dans trois cent ans, rien n’aura changé Hugo! Des Monarques d’une autre espèce régneront mais l’élite sera toujours là. Le peuple parlera de nous, nous maudissant d’une part et nous regrettant d’autre part! La vie ne sera pas plus aisée si ce n’est pour la minorité qui nous aura remplacée.

 

Je me suis permise d’apposer délicatement quelques gouttes de mon parfum sur ce billet pour que vous puissiez à jamais vous souvenir de moi. Je vous aime. Prenez-soin de vous.

 

Que Dieu vous garde.

 

Marie-Emilie

 

Saint-Sulpice



4 commentaires

  1. lucaerne 14 novembre

    Du bas de mon incultitude, j’avoue ne pas avoir trouvé qui était cette Marie-Emilie. Existe-t-elle ou l’as-tu inventée ?

    Ce qui m’a le plus frappée, dans cette lettre, c’est (on ne se refait pas…) la sensation que sa condition sociale primait sur tout le reste malgré tout. Elle est là, partout, condescendante, et plane comme une ombre sur l’émotion : « quel toupet », « il ne me traite pas décemment selon mon rang », « Mes gens (…), je les ai toujours traité avec déférence. Je les ai toujours bien choyé, en permanence respectés et voilà comment ils me remercient mais je leur pardonne comme Jésus a pardonné. Nous ne sommes pas du même monde tout simplement » [ben tiens], « Caroline, ma servante, vous porteras ce billet quand je ne serai plus, je vous en supplie, prenez-la à votre service. Certes elle est simple mais si pure » [manquerez plus que ça, une servante impure].

    Cette femme (rélle ou pas) ne méritait certainement pas la mort qui l’attendait (et je suis contre la peine de mort…), n’ayant probablement rien fait à part d’être née noble. Mais son sentiment de supériorité reste là malgré sa peur et sa souffrance. Et je ne peut m’empêcher de trouver cela ignoble de bêtise. Et ils gâchent les moments où on pourrait aimer, plaindre cette femme, et se scandaliser de son sort.

  2. saintsulpice 14 novembre

    Je pensais t’émouvoir un brin malgré son côté condescendant mais c’est peine perdue.

    En effet tu peux chercher partout, tu ne trouveras rien car elle sort ainsi que ce billet, tout droit de ma fertile imagination.

    Bises Lulu

    Saint-Noblesse

  3. lucaerne 14 novembre

    Peine perdue ? Pas du tout… j’ai été émue et suis d’autant plus impressionnée que tu puisses inventer et te mettre dans la peau d’un tel personnage, probablement bien éloigné de toi (t’as quel âge, déjà ?).

    Mon constat (qui est tout personnel), ce n’est pas à toi qu’il s’adresse, mais à elle. Et ça, c’est épatant. Car je suis sûre que tu as parfaitement sû capter sa façon de penser, qu’elle aurait eu exactement tout cela en tête.

    Et ça fait quoi de se retrouver dans la peau d’une dame amoureuse, trahie et condamnée (pfiou!), Saint-Emilion ???

  4. saintsulpice 15 novembre

    43 dans un mois mon Colonel!!! Lorsque j’ai écrit ce billet, j’ai pleuré, c’est pour te dire!!!

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