Moscou – Dasha Zhukova – Centre d’Art « The Garage »

Moscou - Dasha Zhukova - Centre d'Art

Dasha Zhukova, fiancée de Roman Abramovitch et héritière d’un millionnaire du pétrole, veut «toucher les gens» avec son Garage, centre d’art ouvert à Moscou dans un ancien terminal de bus .

 

Longue et fine comme un mannequin qu’elle n’a jamais été, réservée comme une jeune fille de bonne famille dans sa jupe corolle noire et son petit chemisier blanc, Dasha Zhukova a du mal à cacher ses joues roses de bébé. Est-ce parce que cette héritière d’un millionnaire russe du pétrole a grandi avec sa mère, spécialiste de biologie moléculaire, à partir de 10 ans, en Californie, autre terre du scintillant et de l’excentrique ? Est-ce parce qu’elle habite à Londres, la plus snob des places mondaines, où elle fréquente les happy few de la mode, de la musique et de la finance ? Ce ravissant minois applique à la lettre le less is more, devise du chic new-yorkais, s’inspire intelligemment de l’élégance sage d’une Audrey Hepburn et laisse à l’héritière américaine Paris Hilton le monopole du rose shocking.

Question d’ambition. Celle de Daria Zhukova – Dasha pour les intimes et tous ceux qui veulent l’approcher – est de laisser sa marque, entre glamour bon teint et humanisme tempéré, dans le monde de l’art contemporain en Russie. Jusque-là, la jolie «brunette», comme disent les Anglo-Saxons, faisait courir les paparazzi qui traquent son compagnon, le milliardaire russe Roman Abramovitch, 41 ans et quinzième fortune mondiale. En mai à New York, cet inconnu du monde de l’art achetait anonymement au téléphone les deux tableaux vedettes des ventes aux enchères : un nu flamboyant de Lucian Freud chez Christie’s (33,64 m$), puis un triptyque funèbre de Francis Bacon chez Sotheby’s (86,3 m$). Le 12 juin, sa muse recevait, à Moscou, oligarques et VIP de l’art autour d’un concert d’Amy Winehouse pour lancer son centre d’art, The Garage, inauguré officiellement mardi *. Le soir, au dîner très privé, elle avait opté pour la petite robe bleu hortensia qui n’aurait pas dépareillé dans les années 1950 du film anglais Brèves Rencontres.

Mercredi, c’est en princesse russe de l’art contemporain, espèce nouvelle née de la perestroïka et de la mondialisation, que Dasha trônait dans la presse moscovite, avec ses dents de perle et ses yeux mordorés. Visage de madone sur papier glacé à la une de l’hebdomadaire Element. Profil figé dans le marbre, comme une héroïne du réalisme soviétique, pour ouvrir la rétrospective d’Ilya et Emilia Kabakov au Garage, à la une de la section culture du quotidien Kommersant. Le retour en Russie, vingt ans après, de cet artiste conceptuel qui a fui l’URSS pour l’Autriche avec une humble valise situe l’ambition haute du lieu. Reprendre le fil de l’histoire. Marier le passé, mercredi dissident et exilé, aujourd’hui glorieux et coté, et l’avenir requinqué au libéralisme le plus sauvage, ogre qui crée un fossé cruel entre les artistes, encore dans un monde d’idéal et de révolte, et leurs supposés mécènes, à l’abri derrière leurs gardes du corps, leurs vitres fumées et les remparts de leur fortune.

Sacha Ponomarev, l’artiste du pavillon russe à la dernière Biennale de Venise, Oleg Kulik, le photographe de Kiev qui a frappé l’Occident avec ses amours chiennes, piétinaient ainsi mardi après-midi devant Le Garage. Le sésame du jour était «Dasha». Sinon, pour passer les grilles, il fallait montrer patte blanche, se soumettre à un contrôle d’identité digne d’un aéroport sur les nerfs. L’ère soviétique n’est plus, les réflexes sécuritaires demeurent. Ils trouvent un nouvel objectif, aussi implacable, avec le règne de ces nouvelles fortunes russes, manne hors de propos comme les flots de limousines noires aux aguets dans ce quartier excentré de Moscou, devant le bâtiment moderniste dessiné, en 1926, par l’architecte Konstantin Melnichov et l’ingénieur Vladimir Shukhov. L’ancien terminal des bus – le Bakhmetevsky Bus Garage – est désormais «Garach», cinq lettres rouges si graphiques en cyrillique. Malheur aux pauvres ?

Poupée mais pas muette, droite comme une danseuse face à la barre, Dasha a pris la parole la première, voix forte et regard fixe, à la première conférence de presse. Curieusement, son discours n’a pas été traduit comme ceux des Kabakov, de l’Américain Robert Storr, le commissaire de la dernière Biennale de Venise, ou du Japonais Shigeaki Hazama qui a annoncé que le prix Praemium Imperiale était attribué à ce couple d’artistes qui partage la même crinière argentée. Curieusement, dans la présentation des intervenants et dans les discours, personne n’a lié, par la moindre formule de politesse, Dasha Zhukova et ce Garage tout beau tout neuf qui annonce des jours meilleurs pour l’art contemporain en Russie. Deux heures plus tard, coup de théâtre avec l’arrivée de Roman Abramovitch, annoncée par le brouhaha des photographes soudain aux anges. L’œil bleu et tombant comme un Droopy triste, le milliardaire s’est assis dans l’assemblée pour un remake de la conférence de presse où, cette fois, Dasha a été saluée.

La presse russe la jauge, derrière les compliments d’usage. La presse anglo-saxonne l’a déjà piquée durement, pour avoir été incapable de «citer des noms d’artistes qu’elle aime». Lui parler est un exploit, un privilège minuté. «Je n’ai pas fait d’études académiques en histoire de l’art, je ne veux pas prétendre être spécialiste, mais j’aime l’art, j’ai grandi entourée d’art, je veux partager cette passion. Le Garage a un énorme potentiel. Avec ce projet formidablement excitant, je veux toucher les gens», confie, dans un américain parfait, Dasha Zhukova que l’on sent inquiète de faire le moindre faux-pas. Elle a visité l’atelier de Damien Hirst dans le Gloucestershire, la Fondation Dia Bacon près de New York, remarqué les fresques songeuses de Natacha Ivanova, mais reste discrète sur tout. «Une jeune personne de bon aloi», résume la grande collectionneuse de Genève, Monique Barbier-Mueller, conquise par cette volonté de tigre tapie derrière ce sourire d’enfant.

The Garage, Ulitsa Obraztsova, 19A, Moscou.

Bien à vous,

Saint-Sulpice
 



5 commentaires

  1. elise 2 mars

    DASHA !

  2. saintsulpice 2 mars

    Oui Dasha!!!!!

  3. Valbene decoration 15 mars

    Merci.

  4. saintsulpice 15 mars

    de rien!

  5. immobilier 3 janvier

    merveilleuse article, merci beaucoup.
    immobilier http://www.courtierimmobilier.eu

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